ACTE PREMIER
vous parlais "tout à l'heure, et il m*a apporté les journaux, que j'ai parcourus pendant ce temps-là. i'ai lu le discours de M. de Clusey ; il est fort bien, et le gouvernement n'a qu'à se bien tenir.
URBAIN
Vous riez de tout, Gaétan I
LE DUC
Je ris de tout ce qui est risible.
URBAIN
Mais ceci ne l'est pas; car, si ma mère le savait, elle en mourrait de chagrin. Il faut donc que ce ne soit plus.
LE DUC
C'est aisé à dire.
Et à faire. Voici la quittance de tout ce que vous deviez. Il ne faut pas qu'un homme de votre esprit soit forcé de tant admirer son valet de chambre. Vous ne devez plus rien et il vous reste douze mille livres de rente, (iiiui donne la quittance.)
LE DUC
Urbain !
URBAIN
Eh bien? /
LE DUC
Vous avez payé mes dettes?
URBAIN
Oui, puisque vous ne pouviez pas les payer.
LE DUC
Mais notre mère les avait déjà payées une fois !
URBAIN
N'ayant plus rien, elle ne pouvait pas les payer une seconde.
LE DUC
Alors, je vous ai ruiné aussi?
URBAIN
Pas complètement. Ce qui me reste appartient à la marquise, à elle seule! Nous pouvons avoir le bonheur de la conserver longtemps, et elle ne doit rien savoir de ce qui sera après elle.
Et vous avez cru que j'accepterais cette mortification de vous devoir...
URBAIN
Pourquoi laissez-vous votre orgueil parler avant votre cœur? Ce n'est pas son droit, il n'est que le cadet.
LF. DUC.
N'importe! je refuse! Nous ne sommes pas les enfants du môme père, nous rie portons pas le même nom, vous ne me devez rien.
URBAIN
Nous avons la môme mère, et cela suflBt. Il est d'ailleurs trop tard pour refuser. Vos créanciers sont peu disposés à rendre ce qu'ils ont reçu; vous n'en avez plus qu'un, c'est moi, et celui-là a le temps d'attendre.
LE DUC, passant ft droite.
Misérable que je suis! Pourquoi?...
URBAIN
Pourquoi n'avoir pas cédé à 1a tentation de vous brûler la cervelle ?
LE DUC
Eh bien, oui ! j'aurais dû le faire.
URBAIN
Ajouter un crime irréparable à de réparables folies? Si vous n'aimez personne, il y a encore des gens qui vous aiment.
LE DUC
Il y a ma pauvre mère, c'est vrai !
Et puis?...