‹ The Marquis de Villemer (volume 2)Chapitre 19 sur 113 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LE DUC

Et puis qui?

URBAIN

Votre valet de chambre... et moi.

LE DUC, 83 jetant dans ses bras.

Ahl mon frère I...

URBAIN

Allons,, mon ami, ne parlons plus de cela. J'ai fait pour vous ce que vous eussiez fait pour moi.

LE DUC

Non, je n'aurais pas su, je n'aurais pas pu le faire; ma destinée est de nuire 1 Ahl mon frère... mon frère I sais-tu que je t ai toujours mal aimé ?

URBAIN

Je le sais. Je me l'explique par la différence de nos organisations ; mais le moment est peut-être venu de s'aimer mieux.

LE DUC

Ohî oui I pardonne-moi, je t'estime, je t'admire, je te vérnère ; tu es simple, bon et grand 1 et moi, je suis un imbécilç, un ingrat, un animal I tu es mon meilleur ami, et je ne m'en suis jamais aperçu, et j'ai donné mon temps, mon cœur et mon argent... et celui de mon père, et celui de ma mère, et le tien, à des coquins et à des... Qu'est-ce que je peux faire pour toi? Aimes-tu une femme ? faut-il l'enlever ? faut-il tuer son mari ? Veux-tu que j'aille en Chirte, en Sibérie, en enfer? Dis!

URBAIN

Si tu m'aimais, nous serions déjà quittes.

LE DUC

Mais je t'aime! je t'aime de toute mon âme! Seulement, je voudrais trouver tout de suite un moyen de te le prouver.

URBAIN

Il y en aurait un dont tu ne t'avises pas.

LE DUC

Si fait! me corriger I Eh bien, je me corrigerai. Pourquoi pas ? Je suis encore jeune, que diable 1 à quarante ans, on n'est pas fini, on nest qu'un peu abîmé. Je me, rangerai, c'est diti d'autant plus qu'il le faut. Je ne suis pas à plaindre, après tout! Je me referai une santé, une jeunesse, et puis tu disposeras de moi. J'irai passer l'été avec ma mère et toi à la campagne. Je vous raconterai des histoires, je vous ferai rire^ Voyons, consolemoi, aide-moi à faire des projets; car je ne sais plus où j'en suis quand je vois tout le mal que j'ai fait, et combien je suis malheureux ! (n pleure.)

URBAIN, aUaot à lui.

Courage, mon grand enfant! la mauvaise fortune est finie, la bonne commence peut-être I

LE DUC

Oui, tu m'apprendras ton secret pour être heureux; quel est-il ?

URBAIN

Le courage.

En as-tu donc besoin ?

URBAIN

J'en ai plus besoin que toi.

LE DUC

Tu as un chagrin ?

URBAIN

Pis que cela, j*ai une faute, presque un crime dans ma vie. Ce n'est donc pas à moi de t'accuser.

LE DUC

Qu'est-ce que c'est? peux-tu me le dire?

URBAIN

Je veux te le dire, pour te montrer que tu peux encore faire du bien, ne fût-ce qu'à moi qui vis sans ami, le cœur trop plein et trop fermé.

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