TALMA ET LE COCHER
Au temps de sa gloire, Talma habitait dans la banlieue parisienne, à Brunoy. Il n'y avait, bien entendu, pas encore de chemin de fer.
. Un jour, se trouvant en retard, il accourt avec une valise de costumes et de perruques vers la diligence de " Paris, qui stationnait sur la place de Brunoy. Il appelle le cocher:
"Hé, l'ami! quand part-on?
— Hein ! quoi ? dit le cocher qui sommeillait.
— Quand part-on ? répète Talma.
— Quand les dix places de l'intérieur seront occupées," répond l'autre.
Talma attend ; puis, terrifié par la crainte de manquer la répétition, il ouvre sa valise, se coiffe d'une perruque de père noble, et, courbé- sur son bâton, d'une voix de brèche-dent: , ■.^.: ^^ '♦•/•-.• ^
* ' Quand par-tons-nous, co-cher ?
— Vous voici deux, maintenant. . . Il faut encore huit voyageurs, répond le cocher.
Talma retourne à sa valise, se fait en un clin .di'œil une tête -de jouvenceau, et les moustaches dressées, la voix claironnante, recommence sa question au cocher.
— Et de trois," pensa celui-ci.
On devine le reste. Talma fut successivement portefaix, gendarme, capucin, paysan, marchande de poisson. Au dixième déguisement, ,1e cocher crut la diligence pleine. Il fouetta son attelage, et Talma arriva exactement à sa répétition.