LE POÈTE ET LES ENFANTS
Victor Hugo
Sur un banc, je m'assieds, et, je ne sais pourquoi
Tous les petits enfants viennent autour de moi.
Dès que je suis assis, les voilà tous qui viennent.
C'est qu'ils savent que j 'ai leurs goûts ; ils se souviennent
Que j'aime comme eux l'air, les fleurs, les papillons,
Et les bêtes qu'on voit courir dans les sillons.
Ils savent que je suis un homme qui les aime,
Un être auprès duquel on peut jouer, et même
Crier, faire du bruit, parler à haute voix ;
Que je riais comme eux et plus qu'eux autrefois,
Et qu'aujourd'hui, sitôt qu'à leurs ébats j'assiste,
Je leur souris encor, bien que je sois plus triste ;
Ils disent, doux amis, que je ne sais jamais
Me fâcher; qu'on s'amuse avec moi; que je fais
Des choses en carton, des dessins à la plume ;
Que je raconte, à l 'heure où la lampe s 'allume,
Oh ! des contes charmants qui vous font peur la nuit ;
Enfin que je suis doux, pas fier et fort instruit.