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XIII e PADYA
« Celui qui veut atteindre à la véritable perfection doit s'efforcer de chasser l'envie de son cœur.
« Si l'on maîtrise l'envie et surtout si l'on n'éprouve aucune jalousie du bien qui arrive a ses amis, on est récompensé en ce monde par l'estime de tous, et dans l'autre par une transformation supérieure.
« L'envieux n'est jaloux du bonheur et de la vertu, des autres que parce qu'il n'est digne ni du bonheur ni de la vertu.
1 n'est pas d'être plus méprisable que celui qui •ite la récompense sans s'être donné la peine mériter.
/honnête homme ne laisse jamais l'envie se
glisser dans son cœur; car, s'il connaît la récompense qui attend le sage, il sait aussi quel châtiment encourt le méchant.
« Quand même l'envieux obtiendrait tous les avantages qu'il a désirés, il n'est jamais plus près de sa chute que quand tout paraît lui sourire,
« L'envie ronge les fortunes et la prospérité des familles comme les fourmis cariahs rongent les piliers des maisons qui s'écroulent à la saison des pluies.
« Celui qui fait le mal à autrui par envie, sera frappé dans ses richesses et dans ses enfants qui seront réduits à vivre d'aumône.
« N'oubliez jamais qu'il faut bien peu de chose pour que la déesse de la misère chasse la déesse de la fortune.
« Les sages savent ce que valent les richesses de l'envieux et le malheur de l'homme de bien; tout cela n'est qu'une image trompeuse, une illusion de la vie présente, ce n'est que dans l'autre vie que se trouvent la réelle j ustice et la réelle vérité* »
XIV e PADYA
« Celui qui convoite le bien d' autrui édifie de ses propres mains sa ruine et celle de sa famille, car il n'existe aucun moyen honnête de s'emparer de ce qui ne nous appartient pas.
« Quiconque respecte la justice n'est jamais attiré à la blesser dans ce qu'elle a de plus sacré, par les satisfactions mensongères qu'il pourrait retirer en s'emparant du bien d'autrui.
« Quelle satisfaction peut procurer à l'homme juste la jouissance de ce qui ne lui appartient pas?
« L'homme juste est maître de ses passions, il met son bonheur dans l'étude des sciences sacrées,
la misère lui est aussi indifférente qu'une fourmi à un éléphant.
« La science serait inutile si elle n'inspirait pas à ses adeptes le mépris des moyens déshonnêtes, dans l'acquisition des richesses.
« L'homme qui s'est marié pour acquitter la dette des ancêtres, et exercer l'hospitalité du père de famille, doit savoir que les principales vertus découlent de la charité, et que c'est blesser la charité que de commettre des actions répréhensibles pour s'emparer du bien d'autrui.
« De même que l'arbre mal cultivé ne donne jamais de bons fruits, le bien acquis par les voies détournées ne profite jamais à celui qui s'en est emparé.
« Ce que l'on doit rechercher sur la terre, c'est à abréger la série des transmigrations progressives imposées à l'homme pour parvenir au séjour d'Indra ; ce n'est pas en lassant la fortune de ses prières % et en ne vivant que pour amasser, qu'on se prépare à la transformation suprême.
« C'est ainsi que chaque existence sur la terre est le produit fatal des actions bonnes ou mauvaises accomplies dans les vies antérieures.
« Celui qui est bien persuadé de cette vérité possède la science du passé et de l'avenir et c'est pour cela qu'il ne court jamais à sa perte certaine en s'emparant du bien d'autrui. »
XV e PADYA
« Quand même tu soumettrais tous les actes de ta vie aux sévères prescriptions de la vertu, tous tes efforts pour parvenir à la justification seront inutiles si tu ne fuis la médisance.
«. Abandonner la vertu pour le vice est un grand crime, mais il est peut-être encore plus blâmable de présenter au prochain un visage empreint d'une hypocrite bonté, alors qu'on n'attend que son absence pour le dénigrer.
« Celui qui passe sa vie à attaquer les absents, alors qu'en leur présence il prend toujours un air souriant, renaîtra après la mort dans le corps d'un de ces tristes oiseaux de la nuit, dont les yeux ne peuvent supporter la lumière du soleil,
« Quelles que soient les injures que tu as reçues de
iîô LE PARIAH DANS L'HUMANITÉ.
ton prochain, ne te laisse pas aller à le dénigrer en son absence, la punition ne se ferait pas attendre.
« Combien il est plus beau de cacher avec charité les fautes d'autrui ; celui-là n'est point réellement vertueux qui n'agit pas ainsi.
« Lorsque vous dévoilez les fautes des autres, ils s'attachent à vos pas, vous épient, et changent en scandale public vos actes les plus secrets.
« Celui qui vit de médisances fait tort à tout ce qui l'approche et il -finit par voir sa famille et ses meilleurs amis s'éloigner de lui.
« Que réservent-ils donc à leurs ennemis ceux qui ne peuvent laisser un seul jour s'écouler sans dénigrer leurs amis?
« Tout, dans les cieux et sur la terre, ne se soutient que par l'amour et la charité ; l'amour unit l'homme et la femme pour la perpétuation de l'espèce humaine,, la charité unit tous les hommes.
« Lorsque tous les hommes mettront autant d'empressement à se soutenir qu'ils en mettent à s'attaquer, l'hypocrisie et la médisance disparaîtront pour toujours de la terre. »
XVP PADYA
« Celui qui se répand en tous lieux en paroles futiles ne récolte que le mépris des honnêtes gens.
« Celui qui ne se distingue dans les réunions et les fêtes que par des discours oijseux, devient la risée même de ses atais.
« Garde-toi par-dessus tout de paroles inutiles, car il n'y a rien qui soit plus difficile que de faire revenir le monde sur son opinion quand il a taxé une fois une homme de légèreté.
« Si tu prononces des discours vides de sens dans une réunion d'hommes sérieux, tu perds immédiatement l'estime de tous.
« C'est ainsi que les puissants perdent souvent
toute valeur aux yeux de la foule qui a l'habitude d'honorer peu ce qu'elle ne respecte pas.
« Les paroles futiles sont le meilleur indice d'un caractère sans consistance ; ceux qui possèdent un semblable caractère ne sont jamais pris au sérieux par leurs semblables.
« Comme le vaste Océan, l'humanité possède son écume que le vent de l'indécision et du hasard balaye à son gré.
« L'erreur est plus excusable que la légèreté. v
« Les sages qui passent leur vie dans la contemplation de l'infini et à la recherche des vérités immortelles, n'ont jamais perdu leur temps à de vains propos.
« C'est le propre de la vraie science et de la vérible sagesse de ne parler que de ce qu'elle sait, et de ne jamais rien dire d'inutile.
« Toute parole inutile, par cela même est nuisible.
« Habitue donc ton esprit à ne te présenter que des images sérieuses, et quand tu prends la parole, fais choix dans tes idées de celles qui, en intéressant ton auditoire, lui seront également profitables. »
XVII e PADYA
« Ainsi que, dans la saison des pluies l'eau qui, cependant n'attend rien de la terre, revient périodiquement pour la féconder, ne te lasse jamais de répandre autour de toi tes bienfaits, sans en. attendre
aucune récompense.
« L'homme, ici-bas, ne peut sanctifier les richesses qu'il a amassées qu'en comblant de ses largesses les pauvres, les infirmes, les hôtes, ses amis et ses parents.
« Il n'est pas au séjour céleste d'Indra une qualité qui sera plus prisée et qui attirera de plus hautes faveurs que la libéralité envers tous ceux qui souffrent et tous ceux qui ont besoin.
« Celui qui fait un noble usage de ses richesses doit être considéré comme deux fois né, car il ré-
pand autour de lui le bonheur et la vie, tandis que l'avare est comme s'il n'existait pas, car il n'est utile à personne, c'est un cadavre.
« De môme que de grands # 'réservoirs ont été ménagés pour conserver l'eau de la saison des pluies, qui ira féconder les champs aux temps de sécheresse, de môme les hommes riches ne sont que des réservoirs qui doivent laisser s'écouler leurs richesses sur les malheureux.
« L'homme riche est un arbre chargé de fruits sur les bords du chemin oh les voyageurs, les passants, les pauvres, les pèlerins, trouvent l'ombrage et la nourriture ;
« Ou comme l'arbre vangou dont les feuilles calment la fièvre et' près duquel chacun vient chercher la santé.
« Celui qui vient à perdre ses richesses doit être bien moins sensible à cette privation qu'à l'impossibilité où il va se trouver de faire le bien.
« 11 n'y a pas de plus belle pauvreté que celle de l'homme qui s'est ruiné en assistant ses semblables. Cette pauvreté fera sa richesse au séjour céleste. »
LES DEVOIRS. 13i
XVIII e PADYA
« L'aumône est la plus vertueuse des libéralités, car, s'adressant aux pauvres, c'est la seule qui soit faite sans qu'on y recherche un avantage terrestre.
« Les richesses sont un chemin difficile pour parvenir au séjour de Brahma; car ce n'est qu'en les dépensant en libéralités que l'on peut y atteindre.
« Lorsque, à l'heure où le soleil se couche, attiré par le bruit dû pilon qui prépare les grains pour le repas du soir, le pauvre pénètre sous la vérandah de ta demeure, malheur à toi si, au lieu de subvenir à ses besoins, tu réponds que tu ne peux rien lui donner.
« L'homme libéral lui donne immédiatement de
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quoi apaiser sa faim, au lieu de le laisser errer de demeure en demeure pour quêter quelques poignées de grains.
« Les anachorètes se font une gloire de mépriser la faim, mais ne la citent pas ironiquement en exemple à ceux qui souffrent et implorent la pitié ; faire l'aumône vaut mieux que de nourrir les gens avec des maximes.
« Quand tu donnes aux pauvres tu places pour le ciel.
« Celui qui fait l'aumône est sûr, lorsque ses migrations terrestres ne sont pas achevées, de ne jamais souffrir de la faim dans les différentes existences qui lui restent encore â parcourir.
« Celui qui meurt au milieu d'inutiles richesses, qu'il n'a jamais employées à faire le bien, renaîtra pendant mille générations dans le corps d'un animal rampant.
« Malheur à celui dont la natte du repas 4 est toujours solitaire, car les dieux ne lui accordent ni une vieillesse heureuse, ni une nombreuse postérité.
1 Les Indous mangent assis par terre sur une natte.
« Ne dites pas : cet homme est un être impur, un pariah, je ne veux rien lui donner, car il souillerait l'aumône. Tous les hommes sont égaux dans la vie, car ils sont égaux dans la mort. »
XIX« PADYA
« On doit surtout avoir à cœur d'acquérir en cette vie la réputation d'un homme vertueux et libéral, car c'est ainsi seulement que l'on juge, si Ton a rempli tous ses devoirs envers ses semblables.
« La louange des sages est la plus belle récompense que l'on doive ambitionner ici-bas. Cette fortune ne craint point l'adversité.
« Les dieux oublient les joies pures de leur demeure céleste, pour regarder l'homme vertueux, dont les actions réjouissent leur cœur.
« L'homme ainsi se prépare une place glorieuse au séjour de l'immortalité, pour lui la mort ouvre
les portes de la vie,, et c'est par la vertu quil est ainsi transformé.
« Il vaudrait mille fois mieux qu'il ne fût pas né, l'homme qui n'apporte en ce monde que des instincts pervers.
« Puisque la vertu donne rimmbrtalité, pourquoi chaque homme ne mettrait-t-il pas toute son ambition à acquérir un bien aussi précieux, qui laisse de lui sur cette terre un glorieux souvenir et lui procure dans l'autre un bonheur éternel?
« Si la vertu venait à disparaître de la terre, le soleil cesserait de la chauffer de ses rayons bienfaisants, et la matière perdrait sa fécondité.
« Le souvenir de l'homme vertueux se perpétue d'âge en âge, son nom vit dans toutes les mémoires, ses exemples portent des fruits toujours nouveaux; ainsi l'arbre sandal, .quand il est abattu, voit ses rejetons pousser de tous côtés et envahir la forêt.
« Tous les hommes sont égaux sous l'œil de Brahma, le maître souverain -n'a créé ni castes ni pariahs, c'est pour cela que ce qui vient d'être écrit s'adresse à tous les hommes. »