LA LITTÉRATURE PARIAH
Avant de compléter le tableau de la situation physique et morale du pariah, nous allons donner de nombreux extraits des fables, contes, chants, satires et farces, dus à l'imagination de leurs rapsodes ; rien ne saurait mieux faire comprendre le caractère spécial de ces proscrits, tout à la fois crédules et sceptiques, superstitieux et fraudeurs.
Les poëtes et comédiens ambulants de cette race maudite né connaissent aucuns freins, ne sont arrêtés par aucune considération , aussi avons-nous dû choisir avec soin, dans leurs compositions, celles qui pouvaient supporter la publicité, et adoucir souvent des traits par trop odieux ou immoraux.
Les plus grands écarts erotiques des Grecs ne sont rien en comparaison des monstruosités qui font les délices des pariahs, et dont ils ornent la mémoire de leurs enfants ; aussi n J avons-nous abordé ce chapitre qu'avec une réserve imposée par le respect de notre plume et de ceux qui doivent nous lire, et proscrit toute pièce ou chant uniquement conçus dans un but d'ignobles descriptions.
Le lecteur cependant voudra bien se souvenir que nous sommes en Orient, que nous étudions une civilisation vieillie et excuser certains passages que nous n'avons pu faire disparaître sous peine de défigurer entièrement le caractère de l'étrange littérature que nous désirons faire connaître et qui n'est certainement pas sans valeur ; plus d'une fois, dans cette littérature de la misère et de la souffrance, nous rencontrerons des accents d'une incontestable lyrisme, des pensers d'une énergie saisissante, et, •si elle ne respecte rien de ce que les hommes ont l'habitude de vénérer, nous en ferons remonter la responsabilité jusqu'à cet épouvantable despotisme des brahmes, qui a rejeté le pariah au-dessous des plus vils animaux.
Dans les fables, chose extraordinaire, on ne rencontre aucune des licences qu'on peut reprocher aux autres productions ; nous en avons recueilli plus de cinquante, dans lesquelles on ne relèverait pas une