TOUS A LA FOIS
Seigneur cotoual, faites arrêter mon voleur... Seigneur cotoual, faites mettre au thana...
Seigneur cotoual, faites taire...
i t Prison des aidées au vi II ag 3.
LE COTOUAL.
Taisez vous tous, et laissez parler le premier ce vénérable brahme.
SOUPRAYA.
Seigneur cotoual, j'avais enfoui vingt-cinq pagodes* dans un coin de ma paillote, et ce matin, au soleil levant, en revenant de faire mes ablutions, je n'ai plus rien trouvé.
Vingt-cinq pagodes, c'est une somme importante...., n'en serait-il point resté quelques-unes dans le trou ?
SOUPRAYA.
Trois seulement.
LE COTOUAL.
Remets-les-moi, pieux sannyassis*, afin que je les examine.
LES IVROGNES
Voilà ton argent bien placé, Soupraya, on ne pourra plus te voler ce qui te reste.
i. Monnaie d'or valant sept francs cinquante centimes. 2. Pénitent, anachorète.
THÉÂTRE PAIUAH. M7
LE COTOUAL.
Qu'est-ce à dire î
• LES IVROGNES
Remettez-nous ces pagodes, seigneur cotoual, afin que nous les examinions à notre tour.
LE COTOUAL.
Taisez-vous, oh je vous fais mourir sous le bâton,
LES IVROGNES
Ces pièces seraient plus en sûreté dans nos mains que dans les vôtres, estimable cotoual; vous êtes à jeun, tandis que nous ne pouvons plus boire.
LE COTOUAL.
Vous allez payer cher votre insolence. Holà, tottil
le totti {paraissant).
Me voilà, seigneur cotoual.
LE COTOUAL.
Tu vas conduire tous ces gens-là au thana.
LES IVROGNES
Que le drôle essaye donc de toucher à des com-
moutys *, nous lui casserons les reins, et à toi aussi, cotoual,
LE COTOUAL.
Des comraoutys 1 Je ne vous avais pas reconnus sous cette couche de safran qui couvre vos visages... Salam, seigneurs commoutys.
LA FOULE
Des commoutys 1 Salami salam! seigneur commoutys.
LE COTOUAL.
C'est ce drôle qui ne dit rien qui va payer pour tout le monde.
SOUPRAYA.
C'est mon voleur 1
Il y a longtemps que je te surveille, Ranguin, et tu vas recevoir aujourd'hui la punition de tes méfaits.
RANGUIN.
Quoi ! vous écoutez ce vieux fou.
LE COTOUAL.
Cette parole te vaudra dix coups de rotin de plus.
i« Caste des négociants très-est imée dans le paya Malabar,
SOUPRAYA.
C'est mon voleur, c'est mon voleur.
LE COTOUAL.
Pourquoi étais -tji de si bon matin dans cette rue où les gens de basse caste comme toi n'ont rien à faire?
RANGUIN.
Je revenais d'une cérémonie funéraire, quand cet ivrogne m'est tombé dessus, m'accusant de l'avoir volé.
LE COTOUAL.
Encore.
! RANGUIN.
Tu vois bien qu'il est plus ivre le matin que tu ne Tes toi-même le soir.
LES IVROGNES
Bravo ! Ranguin.
LA FOULE
Qui fera taire cet impudent ?
LE COTOUAL.
Il ose insulter l'inspecteur de police du bagar,
RANGUIN.
Va donc inspecter ta maison; tu y verras tous les înoulac, taïtou et moncoutys* que ta femme, tes sœurs et tes filles ont gagnés avec les jeunes et riches habitants de la rue des Commoutys.
LE COTOUAL.
Sans plus tarder, Totti, empare-toi de cet homme et conduis-le...
Entre le matiar suivi de péons de police.
LE NATTAR.
Qu'est-ce donc, cotoual ; quel est ce bruit qui est venu abréger mon sommeil de plusieurs heures?
LE COTOUAL.
C'est Ranguin qui...
LE MATTAR.
Ranguin, qu'on lui administre dix coups de rotin.
RANGUIN.
Seigneur mattar.
LE MATTAR.
Quinze coups de rotin.
i. Bijoux pour le nez, les lèvres et les oreilles.
THÉÂTRE PARIAII. 301
LE COTOUAL.
Il a osé insulter...
LE MATTAR.
Vingt coups de rotin, et qu'on les lui donne sur /heure...
Le matlar s'en va.
Les péons de police se jettent sur Ranguin et l'entraînent.
LE COTOUAL.
Tu ne dis plus rien, Ranguin.
ranguin (au milieu des péons) .
C'est la pluie qui tombe, mais attends l'orage, et nous verrons sur qui tombera la grêle.
Les péons l'emmènent.
SOUPRAYA.
Et mes trois pagodes, seigneur cotoual , ne les avez-vous pas assez examinées ?
LE COTOUAL.
Je les garde pour les frais d'arrestation.
LES IVROGNES
Viens boire avec nous, Soupraya, viens te conso-
1er avec l'arrak, Soupraya, viens faire des libations au Lingam avec le càllou, Soupraya.
Us s'éloignent en chantant :
Quand notre ventre est plein d'arrak, Les chansons sortent toutes seules, Toutes les filles nous semblent belles.
Les dieux troqueraient leur soma Pour la liqueur fermentée du riz.
SOUPRAYA.
Ahio ! ahio ! samy, qui donc maintenant me fera rendre justice contre mes deux voleurs ?
THÉÂTRE PÀRIAH. 2