DEUXIEME PARTIE
UN BOSQUET DE COCOTIERS MON LOIN DE LA ROUTE. RANGUIN* MABYAMA. 80UPRAYA. LES IYBOGNE8, LE GOTOUAL.
RANGUIN.
C'est convenu, Maryama, si tu joues |bien ton rôle, tu recevras comme récompense les cinq pagodes que je t'ai promises.
MARYAMA
C'est convenu.
RANGUIN.
Je vais me cacher, voilà Soupraya.
sodpraya (entrant).
Quelle est cette belle fille, dont les lèvres sont aussi délicates que la fleur amatléî Où oours-tu ainsi, avec ta panel! e?
304 LE PARIÀH1DÀNS L'HUMANITÉ.
MARYAMA
Je vais chercher de l'eau dans le ruisseau du Nellor.
SOUPRÀYA.
Pourquoi courir si loin, n'y a-t>il point près d'ici une fontaine d'eau pure?
MARYAMA
Ignores-tu donc, seigneur brahme, que tu parles à une fille de la caste maudite, qui n'a point le droit de puiser de l'eau aux fontaines ?
SOUPRAYA.
Tes yeux sont plus doux que le calice du lotus bleu, de tes lèvres s'exhale un délicieux parfum, une belle fille comme toi est digne d'être brahmine.
MARYAMA
Éloignez-vousde moi, seigneur brahme, si l'on vous surprenait écoutant mes paroles, ne seriez-vous point chassé de votre caste î
SOUPRAYA.
Ne crains rien, le lieu est désert, et nul ne viendra nous surprendre.
MARYAMA
Je ne puis vous écouter, ma mère attend cette eau pour préparer le repas du soir.
SOUPRAYA.
Viens, te dis-je, un bosquet de cocotiers se trouve là sur notre passage, sachons en profiter.
MARYAMA
Mon frère, en ne me voyant point rentrer, peut venir me chercher jusqu'ici.
SOUPRAYA.
Sans doute, tu préfères les embrassements plus vigoureux des jeunes hommes... mais la vieille sse a des secrets que la jeunesse" voudrait bien connaître *.
MARYAMA
Que me donnerez-vous si je cède à vos désirs?
SOUPRAYA.
belle fille, sache que les brahmes procuren aux femmes qu'ils distinguent des joies dont les ' dieux seraient jaloux.
1. Tout ce passage ne peut être traduit littéralement en raison de son obscénité.
ranguin (caché derrière un arbre)* Le vieux ladre.
MARYAMA
Souvent nous n'avons pas de riz à la maison.
SOtJPRAYA.
J'ai là quelques cauris 4 dont je puis te faire don, voici également une amulette sacrée qui a été trempée dans l'eau du Gange et qui préserve de la fièvre.
MARYAMA
Donne-moi aussi ton chomin *.
è SOUPRAYA.
Je ne puis rentrer nu à la maison.
MARYAMA
Donne sans plus tarder, et je te suis dans la tope de cocotier.
Elle déroule le chomin de Soupraya, qui résiste faiblement, et s'enfuit en riant.
1. Petits coquillages dont il faut vingt-quatre pour faire une cache, un peu plus d'un centime.