‹ The SwisserChapitre 14 sur 100 · LES AVENTURES D ARTHUR WILSON XXVIJ · texte numérisé non relu

LES AVENTURES D ARTHUR WILSON XXVIJ

ses ordres les comtes d'Oxford ^ et d'Essex. La noblesse anglaise s'enrôla avec enthousiasme, heureuse de secouer enfin l'inaction que lui avait imposée le règne pacifique de Jacques. Essex devait avoir deux cent cinquante hommes dans sa compagnie. Les volontaires désireux de servir sous ses ordres se présentèrent si nombreux qu'il fut obligé d'en équiper cinquante à ses frais. La plupart étaient des gentilshommes. Wilson accompagna son maître. Pendant les cinq 1620 années qui suivirent, il guerroya sur le continent. Il fit la campagne du Palatinat et celle de Hollande (1621-1623); il était au siège de Bréda (1624) 2. Ces expéditions furent peu glorieuses, mais elles étaient rudes. Le temps n'était pas encore à la « guerre en dentelles ». Il arrivait parfois au comte d'Essex et à ses gentilshommes de faire vingt milles à pied, pour donner l'exemple. Quand l'amour-propre était en jeu, Wilson n'était pas des derniers. Il marcha bravement.

Puis, dès que les troupes prenaient leurs quartiers d'hiver, Essex et Wilson se hâtaient de retourner en Angleterre, soit à Draiton, demeure familiale de la grand'mère du comte ^, soit dans l'une des

1. Henry de Vere, 18* comte d'Oxford, fils unique du peu recommandable Edward de Vere, gendre de Burlegh. De son père il semble avoir reçu ce caractère débauché que Wilson lui a reproché dans son histoire : « He was of no reputation in his youth, being ver\' debauched and riotous, and, having no means, maintained it by sordid and unworthy wayes ». II était parent de Sir Horace Vere, le général en chef. Né en février 1592-3, il mourut de la fièvre à La Haye, en 1625.

2. J'ai beaucoup abrégé cette partie de l'autobiographie. Pour me servir des paroles mêmes de Wilson, «there is nothing in theise yeares of being abroad, under the protection of soe brave a Lord, which can reflect perticularlie to mee, I will passe them over and leave them to historié », 11 suffira d'ajouter qu'à la suite du comte d'Essex, Wilson parcourut la Hollande, la Prusse-Rhénane, la Lorraine, la Champagne et la Normandie. C'est ainsi qu'il put acquérir une teinture de la langue hollandaise et une connaissance approfondie du français qu'il parlait assez facilement. (A. Wood).

3. La fameuse Lettice Knowles, mariée en premières noces à Walter Devereux, et après la mort de ce dernier au comte de Leicester. On prétendit qu'elle avait empoisonné ses deux premiers maris. La chose est fort douteuse. On voit par l'autobiographie de Wilson que les petits-enfants de la comtesse de Leicester — elle continua à porter ce titre même après son troisième mariage avec Sir Christopher Blount — ne cessèrent pas de l'honorer. Elle mourut le 25 décembre 1634, à l'âge de 94 ans.

XXVllj INTRODUCTION

résidences du comte de Hertford ^. L'autobiographie nous offre ici un petit tableau de la vie d'un grand seigneur de l'époque, lorsqu'il était retiré dans ses terres. Le jour, c'étaient les exercices violents, la chasse à courre ou les longues promenades à cheval. Essex était excellent cavalier : il pouvait faire jusqu'à quatre-vingts et même cent milles en un jour. Wilson lui tenait tête. Le soir, devant l'immense cheminée flambante, on goûtait des récréations plus intellectuelles : le jeu d'échecs ou la partie de catastrophe. Parfois aussi, aux occasions solennelles, on représentait à grands frais des pièces ou des masques. La comtesse de Leicester était particulièrement friande de ces littéraires distractions 2. Alors Wilson était indispensable. On mettait à contribution son talent poétique. Il « imaginait les paroles et le sujet ». Ce fut l'apprentissage du futur auteur dramatique. 1625 Le 27 mars 1625, le roi Jacques mourut. Essex et Wilson étaient sur le continent. En juillet suivant, ils abordèrent à Margate. A Dartford, on apprend que la peste était à Londres. Il y avait du danger pour le comte à s'aventurer dans la capitale. Wilson fut expédié en avant. Il était chargé de voir par lui-même le degré de malignité du fléau. C'était une mission de confiance. L'amitié des grands se traduit souvent ainsi.

1. William Seymour (1588-1660), second fils d'Edward Seymour, lord Beauchamp. Après une jeunesse assez romanesque, il épousa en secondes noces Frances, fille aînée de Robert Devereux, second comte d'Essex. (Avril 1618). 11 était donc beau-frère du maître de Wilson. En 1640, il fut créé Marquis de Hertford et après la Restauration, Duc de Somerset et Baron Seymour.

2. D'après l'auteur de V Anatomy of Melancholy, les récréations familiales dans la vieille Angleterre étaient bien plus variées que le passage de Wilson ne le laisse croire : « The ordinary recreations which we have in winter, and in most solitary times busy our minds with, are cards, tables and dice, shovelboard, chess play, the philosopher's game, small trunks, shuttlecock, billiards, music, masks, singing, dancing, ulegames, frolics, jests, riddles, catches, purposes, questions and commands, merry tales of errant knights, queens, lovers, lords, ladies, giants, dwarfs, thieves, cheaters, witches, fairies, goblins, friars, &c. such as the old woman told Psyche in Apuleius, Boccace novels and the rest... . » (Burton, Anatomy of Melancholy. P. 2. S. 2, p. 344).

Page 1