‹ The SwisserChapitre 3 sur 100 · PREMIERE PARTIE LES AVENTURES D'ARTHUR WILSON · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE LES AVENTURES D'ARTHUR WILSON

Man. the world's spirit, is

In this vast Body full of Contraries.

THE .SWISSER. Epilogue.

UR le tard de sa vie, Wilson assistait un jour à un sermon. Le texte en était le chapitre xxxiii^ des Nombres, où sont décrits « les campements des enfants d'Israël », lorsqu'ils « sortirent d'Egypte sous la conduite de Moïse et d' Aaron ». Le profane ne voit guère dans ce passage qu'une ennuyeuse et longue liste de noms géographiques. Le littérateur hanté par les mélodies des vieux poètes y reconnaît le modèle de ces enumerations somptueuses, toutes vibrantes de sonorités magiques, qui chantent dans Milton. Mr. Beadle i, de Barnston, ministre puritain, en l'an de grâce 1644, y découvrit un enseignement profond. N'est-il pas dit au verset 2 que Moïse « écrivit ces noms d'après les ordres du Seigneur » ? Or, quel

I. John Beadle fut recteur de Little Leighs jusqu'en mai 1632, Ensuite, il obtint la cure de Barnston. Dès 1635, il était déjà noté pour ses tendances non-conformistes. Laud écrivit à son sujet : a I did convent Mr. John Beadle, rector of Barnstone, Essex, for omitting some part of the divine service, and refusing conformity. But upon his submission and promise of reformation, I dismissed him with a canonical admoni-

XIV INTRODUCTION

dessein Dieu pouvait-il avoir, sinon de laisser à la postérité le souvenir de la délivrance d'Israël? Et la vie de l'homme n'est-elle pas remplie de hasards et de dangers? Ne peut-on pas, au milieu de ces vicissitudes, découvrir les effets constants de la bonté céleste? Donc, tout chrétien devrait tenir registre de ses actions et colliger les exemples de la miséricorde de Dieu. Ces paroles retentirent dans le cœur de Wilson avec le fracas d'un ordre divin. Il remonta le cours de son existence et rédigea ses Mémoires. Il les intitula pieusement : Observations of God's Providence in the Tract of my Life ^.

Ce titre est significatif. Il nous révèle qu'une pensée exclusive a rétréci l'horizon de l'auteur. Dans cette enquête sur les manifestations de la mansuétude divine à son égard, le néophyte a rejeté toutes les pièces qui ne répondaient pas aux besoins de sa cause. Il a laissé en blanc toutes les années pendant lesquelles la Providence s'était, pour ainsi dire, désintéressée de lui. En sorte que cette autobiographie se présente avec l'aspect d'un livre dont on aurait arraché çà et là quelques pages.

Elle n'en est pas moins, en dépit de ces lacunes, un document très précieux. Parce qu'il écrivait sans aucune préoccupation littéraire, et avec la main de Dieu sur son épaule, Wilson a laissé palpiter son âme à découvert. Il a pensé tout haut, avec la sincérité des gens qui sont déjà détachés des choses de ce monde. Aussi ne retrou ve-t-on pas dans ses confessions les mensonges inconscients et le besoin de mise en scène que l'homme de lettres apporte machinalement en toutes choses. Une pareille sincérité est rare. Elle est aussi d'un prix inestimable. Elle permet au biographe d'entreprendre en toute sûreté le voyage incertain et aventureux qui mène à la découverte d'une âme humaine. En même temps, elle facilite ce voyage. Car, dans l'ingénuité

tion )). (Charlotte F, Smith. OA,ary Rich. Her Family and Friends, p. 201). Beadle a écrit un « 'Diary of a Thankful Christian », publié à Londres en 1656, Cet ouvrage contient des « Méditations » sur le verset même qui fournit le texte du sermon prononcé devant Wilson,

I . Ces mémoires ont été publiés pour la première fois par le Rev. Francis Peck dans Desiderata Curiosa, vol. ii, lib. xii, p. 6. Ils ont été réimprimés en appendice dans l'édition de The Inconstant Lady. (Sur cette édition v. p. Ixxx, n. i).

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