‹ The SwisserChapitre 46 sur 100 · Liber Quintus. Cap. I · texte numérisé non relu

Liber Quintus. Cap. I

3. The Tragedy of Albovine, King of the Lombards, by Wm, D'Avenant, fut imprimée en 1629. Il y a quelques ressemblances assez frappantes entre le Sivisser et la pièce de D'Avenant. Cette dernière s'ouvre comme celle de Wilson par une scène de guerre, Grimold « a rough old Captain » rappelle par son franc parler le caractère d'Aribert. Dans Albovine, il est fait mention des Suisses qui composent la garde de la reine. « Where were the broad-chin'd Zwitzers of your guard? » (Act IV, p. 64, ed, Maidment-Logan.) C'est peut-être là que Wilson a pris l'idée de déguiser Aribert en Suisse, d'où le titre. Enfin Albovine, comme le roi des Lombards du Sivisser, offre à un de ses sujets de se battre en duel avec lui. (Act. V., p. 97-8.). Mais là s'arrêtent les points de ressemblance, la pièce de D'Avenant étant une « tragédie à horreurs ».

l'œuvre littéraire de WILSON Ixvij

pas été trop effritée par le temps. Quelques aventures de jeunesse, et dans lesquelles il est assez difficile aujourd'hui de démêler la vérité d'avec la légende, semblent avoir enthousiasmé ses contemporains. Ils firent de lui une sorte de héros. Paulus Warnefridus s'est départi en sa faveur de la sécheresse qui lui est habituelle. Il lui a consacré plusieurs chapitres dans le De Gesiis Langohardorum. Le fils de Gisulph y apparaît tour à tour en héros de « saga » i, en barbare perfide et en prince généreux et clément.

Le chroniqueur a conté avec forces détails certaine anecdote qu'il n'est pas inutile de résumer ici. Il nous dit 2 comment Bertaride, fils d'Aripert, chassé de son pays par l'usurpateur Grimwald, s'était réfugié chez le roi des Avars. Mais ce dernier, redoutant la colère et la puissance du nouveau roi des Lombards, s'empressa de renvoyer son hôte. Le malheureux Bertaride résolut alors de s'en remettre à la clémence de son ennemi, dont il avait entendu vanter la vertu. Et en effet, Grimwald accueillit le fugitif avec bonté, le baisa sur la bouche et jura solennellement « par celui qui l'avait fait naître » de ne point faire de mal à Bertaride. Il lui fit don d'une demeure spacieuse et promit de subvenir à ses besoins jusqu'à la fin de ses jours. Mais des flatteurs vinrent trouver Grimwald et essayèrent de discréditer le nouveau favori. Ils insinuèrent que la ville entière acclamait le retour du fils de l'ancien roi ; et que si Grimwald voulait conserver son trône, il devait faire périr Bertaride. Le roi était faible et crédule; il oublia son grand serment et consentit au crime. Il résolut d'enivrer son soidisant rival et de le faire assassiner pendant le lourd sommeil qui suivrait l'orgie. Mais un ancien serviteur d'Aripert révéla le complot à Bertaride. Ce dernier, pendant le festin, devant les conjurés qui l'épiaient, fit semblant de boire avec avidité; en réalité, il ne toucha qu'à une coupe d'argent qui contenait de l'eau. Trompés par cette

1. L'expression est de Th. Hodgkin. Italy and her TtwaJers, VI, 240.

2. Liber V. Cap. II-IV. Cette histoire est aussi rapportée par Lodge dans The life and Death of William Longbeard (1593). Elle forme une des « jolies histoires » annoncées dans le titre.

Ixviij INTRODUCTION

comédie, ses ennemis s'en vont conter au roi que Bertaride se gorgeait de boisson. Grimwald se réjouit et dit : « Qu'il boive, cet ivrogne; demain il vomira ce vin mélangé avec son sang ! » Quand Bertaride se fut retiré dans sa chambre, il tint conseil avec Hunulfe, un de ses familiers. Hunulfe eut vite trouvé un plan pour dépister les soldats qui déjà cernaient la maison. Il jette sur le dos de Bertaride un matelas et une peau d'ours, puis il le pousse devant lui, l'injuriant et le frappant à tour de bras. Les soldats demandèrent la cause de ce tumulte. « Est-ce que, répondit Hunulfe, ce maudit esclave n'est pas allé faire mon lit dans la chambre de ce soulard de Bertaride, lequel est si plein de vin qu'il est ivre-mort ! Je vais coucher chez moi ! » Les satellites du roi prirent Bertaride pour un rustre qu'Hunulfe corrigeait avec raison et, tout en riant de l'aventure, laissèrent passer les deux hommes. Bertaride sauta par-dessus le mur de la ville, s'empara d'un cheval qui paissait dans un champ voisin et gagna le royaume des Francs.

Quand les assassins virent que leur plan était déjoué, ils voulurent se venger du fidèle Hunulfe. Ils demandèrent sa tête au roi. Mais Grimwald retrouva sa noblesse de caractère. Il jura, toujours « par celui qui l'avait fait naître », qu'un pareil acte de dévouement méritait les plus grandes faveurs. Il chercha à s'attacher Hunulfe. Il lui fit de grands présents. Mais Hunulfe songeait toujours à son cher Bertaride, et il avoua un jour au roi qu'il « aimait mieux mourir avec Bertaride que de vivre dans les plus grandes délices loin de lui ». Grimwald admira beaucoup cette constance et fournit à Hunulfe les moyens de rejoindre son ami.

Il y a dans ce récit, que j'ai fort abrégé, une petite tragédie en puissance. Le caractère du roi se dégage avec assez de netteté et même de complexité. C'est un prince bon et pieux, mais faible; il possède aussi un fonds de mauvais instincts qui troublent l'eau claire de sa conscience et que les flatteurs ne se font pas faute d'agiter. Mais surtout le texte latin est suffisamment coloré pour échauffer l'imagination d'un dramaturge. Il contient des incidents pittoresques et même le

L ŒUVRE LITTÉRAIRE DE WILSON Ixix

tracé de quelques scènes à effet. On imagine très bien Wilson s'enthousiasmant à la lecture du chroniqueur et concevant l'idée d'un nouveau Danton et Pithias ^. Le titre était facile à trouver : Bertaride ou la clémence de Grimwald 2.

Wilson n'a pourtant retenu aucun des faits de l'histoire de Bertaride. Mais en revanche il a copié fidèlement le portrait moral de Grimwald. Le roi, dit un personnage du Swisser, « est une noble nature ». « Oui », réplique un autre, « mais il est jeune et dissipé ». Des favoris flattent ses passions, 1' « empoisonnent de leurs lèvres pernicieuses, ne cessent de lécher, jusqu'à ce que, tels des rats de l'Inde, ils aient dévoré les entrailles de son honneur ». Cette façon de traiter les sources historiques ne manque pas d'originalité. Elle va à l'encontre du procédé habituel aux auteurs dramatiques, qui empruntent les incidents et se fient à leur invention pour créer les caractères. Il est improbable que Wilson n'ait pas senti ce qu'il y avait de possibilités scéniques dans les chapitres analysés plus haut. Cette anomalie doit avoir une raison. En effet, il y a là plus qu'un fait curieux. Rapproché des idées politiques, qui nous le savons préoccupaient Wilson au moment même où il écrivait la pièce, ce petit détail devient très significatif. Il déchire le voile de mystère qui presque toujours enveloppe la genèse d'une œuvre dramatique, et du même coup il nous permet de dégager l'idée essentielle du Sîvisser.

On sait que Wilson s'était ouvertement déclaré l'adversaire de l'absolutisme royal, mais que ces accents de révolte étaient mitigés par un loyalisme encore intact. Wilson était de bonne foi quand il croyait ses convictions inspirées par un sentiment de justice et de raison. Au fond, à ces questions de principe il se mêlait des ressentiments quasi personnels. Essex, depuis le jour où le beau Robert Carr l'avait emporté sur lui dans son propre foyer et à la cour, avait étendu à tous les favoris une haine fort excusable. De là venait son attitude hautaine,

I La fin de l'histoire de Bertaride rappelle quelque peu le dénouement de la tragicomédie d'Edwards.

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