A ce moment-là, les sous-titres étaient à la mode
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et plus tard agressive, vis à vis d'un régime qui avait rendu possible le triomphe des coupables et l'humiliation de la victime. Wilson avait ajusté ses opinions politiques sur celles de son ancien maître, au point d'endosser ces griefs particuliers contre les flatteurs et les mauvais conseillers. Emu par la reconnaissance, et avec cette ardeur qu'il apportait en toutes choses, il avait fait siennes les injures reçues par le comte d'Essex. Nous verrons, en étudiant The History of Great Britain, que cet état d'esprit a sérieusement compromis l'impartialité de l'historien.
Pour cette raison même que les préoccupations politiques de Wilson étaient à base de sentiments personnels, elles n'en étaient que plus obsédantes. Et l'on comprend dès lors ce qui se passa dans l'esprit de notre auteur à la lecture de l'histoire de Bertaride, pourquoi il fut hypnotisé par la seule figure de Grimwald. Ce roi barbare du VII® siècle, par ses défauts, ressemblait étrangement au faible et perfide Charles. Il avait aussi cette vertu native que les Anglais optimistes de l'époque s'obstinaient à rechercher sous les fautes du despote. Sa conduite était une preuve qu'un souverain peut descendre jusqu'au crime quand il est un jouet entre les mains des flatteurs. L'occasion était belle de tourner, sous le couvert d'une apparente fidélité à l'histoire du passé, l'ordonnance qui défendait aux dramatistes de « représenter sur la scène tout roi chrétien des temps modernes » i. C'était un moyen de déjouer la vigilance de Sir H. Herbert, d'autant plus active depuis que le ciel politique de l'Angleterre se brouillait de jour en jour 2. Le rapprochement entre un souverain qui avait vécu à une
1. On suppose que cette ordonnance fut rendue par Jacques. En 1624, Middleton, qui dans sa comédie de A Game at Chess avait osé mettre sur la scène Jacques, le roi d'Espagne, Gondoniar et autres personnages politiques, vit les représentations de sa pièce interdites par ordre du Privy Council. C'est une des raisons pourquoi les dramatistes de l'époque étaient d'un loyalisme exemplaire.
2. L'année même où lut joué The Swisser, Sir H. Herbert, le « Master of tlie Revels 7), ne voulut pas autoriser la représentation de 'Believe as You List, deMassinger, parce que cette pièce traitait de « questions dangereuses », telles que la a déposition de Sébastien, roi de Portugal ». (Ward. Ettg. Dram. Lit. III, 234, n. 2).
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époque de barbarie et le monarque très chrétien de l'Angleterre moderne était en soi-même une critique. Mais pour que la ressemblance s'imposât aux spectateurs, il fallait enlever au roi lombard tout ce qui pouvait lui donner une individualité trop précise. Il était nécessaire de perdre cette figure dans une brume de vague et de généralité. Pour ce faire, Wilson a supprimé le nom du personnage. En ne conservant que son titre de roi, Grimwald est devenu une sorte de personnification du despote à demi-excusable et en qui tout espoir de vertu n'est pas perdu.
L'intention de l'auteur apparaît donc très nette. Quoique le titre attribue le rôle principal à Aribert, le Suisse, le roi des Lombards est bien la figure dominante de la pièce. Son caractère, ses théories et ses actes fournissent à l'intrigue principale et sa substance et sa morale. Il est, pour employer une pittoresque expression anglaise, « la patère » à laquelle Wilson a accroché sa thèse sur le pouvoir absolu. Cette thèse concentre en elle-même l'intérêt de la comédie. Les histoires d'amour n'en sont que le revêtement enjolivé, nécessaire pour allécher le spectateur et pour déguiser l'audace de la pensée.
Le roi des Lombards a écouté « les basses et serviles flatteries » « de parasites et de coquins ». Sur leurs conseils intéressés, il a banni « la fleur de sa noblesse », entre autres Arioldus, son meilleur général, et Aribert, un fidèle serviteur. Il a ainsi « détruit la force et la sécurité » de son royaume. Le résultat ne se fait pas attendre. Les armées lombardes, commandées par Timentes, un favori « qui ne sait se battre qu'en paroles », ont été honteusement défaites par l'ennemi séculaire. Le roi est enfin tiré de son aveuglement par les éloquents reproches de Clephis, un courtisan honnête et courageux. Il est en outre obligé de céder à la volonté des soldats qui s'insurgent et réclament leur ancien général : il rappelle Arioldus et la victoire reparaît. Ce bon mouvement ne dure pas. Car le roi est imbu de théories qui engourdissent sa vertu et encouragent ses mauvais instincts : « Tout homme est le maître dans sa famille, et là il commande et il
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est obéi. Les princes sont-ils liés par des règles plus étroites P...^ Ce qui fait les rois, c'est le pouvoir; veut-on enchaîner cela?... Ils ne sont comptables de leurs actes qu'envers le ciel ^ ». En vertu de ces principes, il viole Eurinia, une captive qui lui résistait. Cet acte de passion bestiale fait éclater le conflit voulu par Wilson entre le despote et l'un de ses sujets. Arioldus avait pris Eurinia sous sa protection ; il avait juré de la défendre; pour tenir sa parole de gentilhomme et de soldat, il doit la venger. Mais le coupable est le roi. Un sujet a-t-il le droit d'attenter à la vie de son souverain ? Tel était le problème angoissant que certains des compatriotes de Wilson commençaient déjà à se poser.
L'auteur ne prêche pas la révolte. Car il professe avec les partisans de l'absolutisme, l'inviolabilité et le caractère divin de la personne royale : « Tuer un roi ! Un roi ! Cela ferait pâlir le cœur le plus intrépide... Le sang des rois est sacré; il est précieux comme les larmes des saints expirants ; nous devons le préserver et remettre notre vengeance aux dieux ». Ces paroles sont prononcées par le père d'Eurinia et n'en prennent que plus d'importance dans sa bouche.
Mais Wilson ne va pas jusqu'à annihiler le sujet devant le souverain. Il reconnaît que le premier peut être délié du devoir d'obéissance lorsque le prince démérite. « J'ai été honnête aussi longtemps que vous avez été vertueux ; c'est vous qui avez fait ce changement. Quand les rois quittent leur bonté, tout esclave devient leur maître », dit Andrucho. Et ailleurs :
1 . C'est la théorie de Jean Bodin. Son livre de la République eut beaucoup de succès en Angleterre, à la fin du XVJe siècle et naturellement, du temps des Stuarts, plus que jamais. Hobbes s'en est visiblement inspiré.
2. James en 1609, dans son discours au Parlement disait : « He knew, said he, the Power of Kings, resembling it to the Power Divine : For as God can create and destroy, make and unmake at his pleasure, so Kings can give life and death, judge all, and be judged of none. . . . Yet as it is Blasphemy to dispute what God may do, so it is Sedition in Subjects to dispute what a King may do in the height of his power » (Cité par Wilson. Hist, of Great 'Britain, p. 48).
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Ândru. Je dois te tuer, Roi.
Le Boi. Tu n'oseras pas, esclave.
Andru. Je n'oserais pas si tu étais noble. Mais puisque tu as perdu ta noblesse, j'ai perdu ma loj^auté. Prépare-toi à mourir !
Le dénouement prouve que les rois sont responsables envers les hommes du mal qu'ils font ; ils sont tenus de réparer leurs fautes : le roi des Lombards épouse celle qu'il a déshonorée. Enfin, Wilson semble avoir voulu dégager lui-même l'intention de sa pièce. Il a mis dans la bouche d'un personnage des paroles qui ont l'accent d'un avertissement à Charles : « Mais je veux vous dire ceci : les princes peuvent faire le mal, m.ais ils ne sont pas à l'abri du danger. Voici un homme qui a tenté de vous assassiner et il aura le châtiment qu'il mérite. Mais croyez-vous qu'il n'en existe pas d'autres de son espèce? Les grands vivent dans la crainte, lorsqu'ils offensent... Aribert a voulu démontrer par cette tentative combien sont accessibles à la vengeance les puissants qui ont commis une injustice ». Ces conseils prennent une signification singulièrement dramatique quand on songe que dix-sept ans plus tard une moitié de l'Angleterre affolée ne les entendra plus.
Autour de cette intrigue principale, lourde d'actualité, Wilson a enroulé une histoire d'amour romanesque. Il serait possible, grâce à des raisonnements subtils, de trouver un lien entre les deux actions. Il semble bien que l'auteur n'ait pas pris la peine de les souder fortement : elles courent parallèles et indépendantes. On ne trouve pas dans le Sivisser cet art supérieur qui sait assouplir aux exigences de l'unité de conception la prodigieuse multiplicité d'intrigues de King Lear ^. Il faut dire que Wilson avait pour excuse l'exemple de la plupart de ses contemporains. Heywood, Beaumont et Fletcher — pour ne citer que les plus grands — se sont trop souvent contentés de poser action sur action, comme on appliquait une passementerie sur un pourpoint.
L'histoire d'Alcidonus et de Selina offre néanmoins un intérêt consi-
I. V. à ce sujet l'étude extrêmement profonde de Moulton dans Shakespeare as a Dramatic Artist (Ch. X.)
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dérable, car elle est copiée sur l'histoire de Romeo and Juliet. L'imitation de Shakespeare n'est pas douteuse; les ressemblances sont trop nombreuses pour n'être qu'accidentelles. Le sujet est le même : l'amour entre deux jeunes gens que divisent des haines de famille. Cette situation est développée avec la plupart des incidents de la tragédie shakespearienne : entrevues nocturnes, mariage secret, scène du balcon, y compris les interruptions dramatiques - - non pas d'une nourrice, — mais du père de Selina; la potion somnifère qui donne l'apparence trompeuse de la mort. Wilson a même conservé au père de la nouvelle Juliet cette équitable partialité pour l'amant de sa fille que le vieux Capulet éprouvait pour Romeo.
L'influence de Shakespeare sur tous ses successeurs n'a pas besoin d'être prouvée. Sa figure gigantesque a dominé tout le théâtre des Stuarts. Il n'est pas un auteur dramatique de l'époque qui ne se soit paré de quelqu'une de ses paillettes d'or. Et pour nous limiter à la pièce de Romeo and Juliet, nombreux sont les échos que l'on peut percevoir de sa musique enivrante dans bien des duos d'amour. The Poetaster i, The Maid in the Mill ^, The Humorous Lieutenant ^, Wily Beguiled *, et surtout The Heir ^ sont peut-être les pièces oii l'ombre des amants de Vérone se projette avec le plus de netteté. Mais dans aucune d'elles l'imitation n'est aussi complète ni aussi docile que dans The Swisser. Je n'en fais, bien entendu, aucun mérite à Wilson ;
1. Par Ben Jonson, A la scène vi de l'acte IV, il y a une c( scène du balcon » entre Ovide et Julia.