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Scène

l'œuvre littéraire de WILSON Ixxxi

santé. Sa tête creuse dodeline, légère et stupide, dans le collier énorme de sa fraise espagnole. Son langage a l'ampleur empesée de cet ornement. « S'il évoque un compliment », dit Antonio i, « nous ne pourrons l'exorciser qu en faisant appel, de notre côté, à l'esprit ^Amadis de Gaule, de Palmerin d'Angleterre, ou semblables auteurs ; car c'est là qu'il glane ses discours de toute espèce et qualité, puis les vomit, en pur idiot ». Il se fournit d'esprit dans V Académie des Compliments 2. Ce précieux manuel contient des « discours tout façonnés, à la dernière mode, pour tous les sexes, toutes les tailles et tous les âges ». Pantarbo — tel est le nom de ce congénère de Trissotin — fait de ce livre « son unique étude ». Ecoutons parler ce contemporain anglais de l'Hôtel de Rambouillet. Deux satellites du petit-maître viennent de s'essayer à l'art de tourner des phrases. Pantarbo trouve leur éloquence pitoyable, « grossière comme la terre qui la mit au jour ». Il leur donne une leçon.

Plus que très belle, quelle puissance de charmes magiques dardent vos doux yeux resplendissants! Votre main incomparable... est la baguette enchantée dont le toucher fait danser dans toutes mes veines une fièvre folâtre ; elle a une vertu magnétique sympathisant avec l'humaine conception. (Hésitant) Il y a une magnétique vertu dans votre toucher... qui crée une sympathie... qui outrepasse de beaucoup toute humaine conception. Votre beauté, ô belle, je l'admire à ce point que semblable au satyre je pourrais baiser ma flamme (bien qu'elle me dévore avec des douleurs atroces) si je devais avoir un doux baiser pour récompense. Si je n'obtiens cette félicité jexpire.

Ce document sur une des variétés de la sottise humaine au XVII® siècle est évidemment authentique. On retrouve à la base du

I. Antonio est un ami d'Aramanl. C'est le porte-parole de l'auteur et il est chargé de déclamer contre les courtisans II a pour inséparable un certain Trebutio.

2 . The Academy of Complements, wherein Ladies, Gentlewomen, Schollers, and Strangers, may accommodate their Courtly practice with gentile Ceremonies, Complementall amorous high expressions, and Formes of speaking or writing of Letters most in fashion, etc. Le titre continue ainsi pendant une bonne demi-page, énumérant les qualités du livre. C'est, en somme, un 'Par/ait Secrétaire des Amants de l'époque.

Ixxxij INTRODUCTION

langage de Pantarbo ce même amour de l'hyperbole qui caractérise l'école poétique dite « métaphysicienne ». Prenez du Donne, faites évaporer ce dosage subtil de spiritualité dans la sensualité qui fait de lui le poète le plus « chatouilleur » de l'Angleterre ; effacez surtout le clair-obscur de certains de ses vers, qui luisent avec le mystère d'un filet d'eau au fond d'une caverne.

So meshed with half-remembrance hard to free i,

et le résidu sera, à peu de chose près, le style de Pantarbo. Tel devait être aussi le jargon d'un bel esprit à la cour de Charles.

Avec le deuxième acte, le spectateur a le temps de rasseoir ses esprits : l'auteur ne brûle plus les étapes psychologiques et les personnages retrouvent quelque naturel. Emilia et Millecert se sont mariés dare-dare. Aramant, sous la douleur de cette double trahison, est tombé en démence 2. Mais ses infortunes ont éveillé la pitié et l'amour dans le cœur de Cloris. C'est la sœur d'Emilia. Elle est d'une grande beauté, si belle que sa sœur, par jalousie, l'a séquestrée d'avec le monde. Cloris est aussi vertueuse et aussi sensible qu'Emilia est inhumaine et perverse. Elle n'a plus qu'un désir: rendre la raison à Aramant. Elle possède — fort à propos — un baume d'une vertu singulière. En un instant, il « charme les pensées et calme les esprits ». Munie de ce précieux spécifique, et grâce à la complicité de Lavia, suivante de sa sœur, elle échappe de sa prison et se met à la recherche du pauvre détraqué "*.

Elle retrouve Aramant dans un bois où il erre à l'aventure. Poursuivi par le souvenir de ses malheurs, il cherche oii fuir ses pensées. La scène n'est pas loin d'être charmante ; elle nous ramène au temps où les forêts embaumées étaient les complices des amants shakespeariens.

1 . Ce vers de Rossetti (House of Lije) revient obstinément à la mémoire quand on songe à Donne.

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