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Acte II, scène

l'œuvre littéraire de WILSON Ixxxiij

Aramanf. Ici, point de frères trompeurs, ni de femmes trompeuses. Ces bois n'eng^endrent pas de semblables monstres... Je veux habiter en ces lieux... Les brutes inolïensives seront mes compagnes... Maintenant je pourrais dormir en sécurité, si je n'entendais un bruit cruel chuchoter : « Aramant, on t'a ruiné pour toujours! » Où es-tu, esprit? Je t'en conjure, chasse, chasse vite ces fantômes qui se pressent en mon cerveau... Où reposerai-je ? Je ne trouverai point de repos ici! (Apercevant Cloris.) Qui vient là pour me tourmenter? Encore d'autres monstres !

CLORIS s'avance.

Cloris. Hélas, il délire !

Ara. Qu'es-tu? Es-tu une fille de l'air subtil ou de la terre? Un enfant du jour ou de la nuit?

Clo. Je suis une femme.

Ara. Alors tu n'es ni l'une, ni l'autre, et cependant tu es un composé de tout cela, une illusion à l'esprit ténébreux, belle et matérielle... Mais vous semblez pleurer ! Oh ! vous avez des larmes, de tristes larmes meurtrières! Pleurez encore, je vous en prie... Et des serments, n'en avez-vous point de flétrisseurs ?... Arrière!... Quel pouvoir nous fait affectionner le plus ce qui nous est le plus funeste? Je ne veux pas vous regarder... j'ai des raisons maintenant... Où donc est ton âme?

Clo. Partout.

Ara. Non, elle n'est pas sur ton visage : il n'est pas difforme!... Ah ! mais tirez ce rideau peint et vous trouverez une figure horrible, capable d'effrayer un homme dans sa pleine raison... Mais tu me plais... Dis franchement ce que tu es.

Clo. Je suis un esprit, le génie de cet amour qui habitait autrefois en toi ; il avait une noble demeure, mais un cruel traitement l'a forcé à fuir ton cœur. Et alors je l'ai suivi pour le ramener. Et je te l'apporte.

Ara. Oh ! où est-il?

Clo. Enveloppé dans mon cœur.

Ara. Comment l'obtenir?

Clo. Je vous l'inspirerai par quelque charme heureux, si vous quittez cette fureur.

Ixxxiv INTRODUCTION

Ara. Je t'en prie, fais alors.

Clo. Ah ! n'approchez pas de moi, jusqu'à ce que je vous en aie fait don, de peur qu'il ne s'envole une seconde fois, car les esprits sont aériens, on ne les doit point toucher : cet amour est tel, jusqu'à ce que je l'aie appliqué.

Ara. Allons, montre ton art, joli esprit, car il nous faut céder à ces puissances qui disposent de nous.

Aramant s'étend sur la mousse, déjà calmé par la douceur de Cloris. Elle frotte ses tempes et il s'endort.

Elle s'apprête à veiller sur le sommeil de celui qu'elle aime, quand survient le duc de Bourgogne. (C'est à Besançon, et à une date indéterminée, que se passe l'action.) Le duc s'est égaré pendant une chasse et il est maintenant à la recherche de sa suite. Il aperçoit Cloris et la trouve à son goût. Il le lui dit avec le ton autoritaire qui sied à un roi. Et malgré les supplications de la jeune fille, il l'entraîne dans son palais ^.

Ici commence, eût dit Ben Jonson dans son langage pédantesque, r « épitase » de la pièce. Avec l'apparition du duc, l'intrigue prend naissance. Jusqu'ici, l'auteur a seulement exposé les antécédents qui, dans la vie des personnages, ont préparé le conflit entre leurs passions. L'amour subit du duc de Bourgogne est l'incident initial qui va heurter les uns contre les autres ces personnages encore dans l'expectative. Cet amour sera l'obstacle opposé à la passion des nouveaux amants — passion qui forme le dessin central de l'intrigue. Il servira en même temps à éveiller l'envie chez Emilia et permettra ainsi de développer le caractère de l'héroïne nominale de la pièce.

Les effets de la jalousie d'Emilia se font sentir dès le début du troisième acte. Elle enrage du triomphe de sa sœur à la cour. Pour l'instant, elle dissimule sa haine sous des apparences de douceur innocente. Et, en attendant le jour où elle pourra se venger, elle va, avec

I, Acte II, se. j.

l'œuvre littéraire de WILSON Ixxxv

de la tendresse épanouie sur les lèvres, faire sa cour à la sœur détestée, qui l'a fait mander ^.

Cloris — est-il besoin de le dire? — a résisté aux importunités de son admirateur princier. Elle puise dans son amour pour Aramant une force merveilleuse. Toutefois, elle éprouve pour le duc un sentiment mystérieux qui emplit son cœur de révérence : elle « pourrait s'agenouiller devant lui comme devant un père » ; elle ressent pour lui de la tendresse et ce n'est pas de l'amour. Le duc ne comprend pas ces subtilités de sentiment. Il offre à Cloris de la faire duchesse. Voyant qu'elle demeure intraitable, il la soumet aux soins corrupteurs de Busiro 2.

Busiro est le père de Pantarbo. Ministre à tout faire, il est craint des courtisans et détesté des honnêtes gens. C'est le bouc émissaire sur lequel Wilson décharge sa colère contre les favoris. Il a déjà traversé la scène au deuxième acte ^, et pendant cette courte apparition le spectateur a eu le temps d'apprendre certains bruits qui circulent sur ce triste personnage. Busiro a commis un crime et des remords empoisonnent son existence. Ce motif conducteur du remords se fait de nouveau entendre à la fin de l'acte m. C'est une habileté de l'auteur que d'avoir ainsi ménagé tout au long de la pièce les allusions au passé troublant de Busiro. Car, on le verra, ce personnage porte en lui le secret qui servira à dénouer lïntrigue.

Busiro a accoutumé de dissiper dans la honteuse débauche d'un lupanar les terribles apparitions qui le hantent. Et, aujourd'hui que ses souvenirs se font plus torturants, il retourne à sa retraite de prédilection. Or, le hasard a \oulu que Pantarbo, blessé dans une querelle avec Millecert, ait été recueilli par Romilia, la complaisante matrone du lieu. Le petit-maître, dans la monotonie de sa sottise, a profité de l'occasion pour placer un de ses plus vieux compliments. La mégère prend Pantarbo au sérieux. Au milieu de cette burlesque déclaration

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