Acte V, se
l'œuvre littéraire de WILSON Ixxxix
Cloris. L'entretien ne dure guère. Millecert entre brusquement et dénonce au duc la supercherie et le crime d'Emilia. En apprenant la mort de Cloris, le duc est au désespoir. Sa douleur se change en fureur quand Millecert lui révèle le crime dont s'est rendu coupable Busiro : une sorcière ayant prédit au favori que Bellaura, la princesse héritière de Bourgogne, serait la cause de sa ruine, il avait payé un misérable pour faire disparaître l'enfant, et avait fait croire au duc que sa fille était morte pendant un voyage.
Pour calmer un peu la colère qu'il vient d'allumer, Millecert se décide à annoncer qu'il a sauvé Cloris. Cependant le délai d une heure s'est écoulé. Aramant et Cloris arrivent, selon leur promesse, à la recherche de leur généreux protecteur. Le duc, au comble de la joie, jure que rien maintenant ne l'empêchera d'épouser Cloris. On n'approche toujours pas du dénouement. Le spectateur sensible, qui s'intéresse à Aramant et voudrait voir ce digne personnage récompensé de sa vertu, s'impatiente et désespère. Un coup de théâtre relance l'action. Millecert annonce que Cloris n'est autre que Bellaura. Il a rapproché l'histoire de Busiro et celle d'Emilia, comparé les dates : elles concordent. Des preuves confirment cette sensationnelle hypothèse. Le duc reconnaît certaine écharpe trouvée avec l'enfant et, signe plus convaincant, une marque sur le bras de Cloris. Ainsi s'expliquent ces élans mystérieux du cœur de la jeune fille. C'était la voix du sang ! Il n'y a pas si longtemps que le procédé est démodé. Le duc ne pouvant plus épouser Cloris, Aramant va-t-il donc voir la fin de ses vicissitudes? Pas encore; l'auteur n'a pas épuisé toutes ses ressources : Cloris est de sang royal; jamais son père ne lui laissera épouser un simple gentilhomme.
Il faut pourtant que la comédie finisse. C'est le défaut des pièces où la curiosité du spectateur est taquinée à l'excès que le dénouement en .semble plat. Il produit l'effet d'une dépression morale après une longue excitation nerveuse. Dans VInconstant Lady, le déclanchement est produit par la faiblesse du duc. Le prince est, au fond, un brave homme. Il se laisse attendrir par sa fille et consent au mariage. Une
XC INTRODUCTION
fois entré dans la voie de la bonté, il n'arrête plus. Il se contente d'exiler Busiro et de confisquer ses biens. Il félicite Millecert et lui donne l'équivalent de la fortune qu'il a si généreusement abandonnée. Millecert, après ses coups d'audace, est retombé dans l'imbécillité : il a retrouvé tout son amour pour Emilia ; il n'hésite pas à recommencer son expérience conjugale. Tant de bonté est contagieuse. C'est le signal d'une débauche de sentiment. Aramant se pâme en songeant à la fidélité de ses deux amis, Antonio et Trebutio ^. Cloris se rappelle avec émotion le dévouement de l'honnête Lavia ; elle se jette dans les bras d'Emilia en s'écriant : « Nous sommes toujours sœurs ! » Emilia se comporte d'une façon très édifiante. Un seul trait piquant empêche toutes ces douceurs d'être par trop écœurantes : Romilia traîne devant le duc son amoureux, qui ne veut plus épouser. Après avoir entendu la cause, le prince condamne Pantarbo à tenir sa promesse de
mariage
L'intention première de la pièce — intention dont le titre a gardé l'écho — était bien de peindre la carrière d'Emilia dans le vice. On peut en effet suivre tout au long de la pièce le développement net et progressif du caractère de l'Inconstante. Après avoir débuté par la légèreté et la cupidité, elle prend de l'envergure et devient un type de l'ambitieuse criminelle, une sorte de Lady Macbeth. Et le germe même de cette intention, il faut sans doute aller le chercher dans la querelle de l'auteur avec Lady Essex ^.
Toutefois, ce n'est pas en ce personnage important qu'a été concentré l'intérêt de la pièce. L'intrigue de VInconstant Lady est fournie par l'histoire d' Aramant et de Cloris. Ces deux amants forment bien le pivot de l'action. C'est autour de leur amour que se heurtent les sentiments et les passions de tous les personnages. Vers leur groupe craintif et passif convergent le désir du duc, le dévouement de Millecert, l'amitié d'Antonio et de Trebutio, la pitié de Lavia et jusqu'aux