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LES AVENTURES D ARTHUR WILSON XIX

Son père le trouvait mûr pour l'Université et le voulait envoyer à Cambridge. Sa mère était indulgente : elle partagea les désirs de son fils et plaida sa cause. Wilson obtint la permission de partir pour la France. Ce netait pas le bout du monde, mais cela suffit à son contentement.

Il passa près de deux années dans notre pays. Il était bien jeune, et ouvert aux tentations. Au milieu d'un peuple léger et facilement sceptique, il devint libertin — dans le vieux sens du mot, car il eut toujours la débauche en horreur.

Vers l'automne de 1611, il quitta la France. Il s'embarqua à Bor- 161 deaux sur un vaisseau appartenant à son grand-père. Il avait à peine quitté le port qu'une violente tempête s'éleva, mettant en grand péril cargaison et passagers. Wilson arriva toutefois sain et sauf en Angleterre.

A la maison paternelle, une déception l'attendait. John Wilson avait compromis sa fortune et ne crut pas devoir entretenir son fils plus longtemps dans l'oisiveté. Il résolut de mettre Arthur en apprentissage chez un marchand de Londres. Le contrat était conclu en bonne forme, quand on découvrit que le trafiquant appartenait à la religion papiste. L'émoi fut grand. Il n'était pas prudent de confier un jeune homme d'opinions religieuses extrêmement vacillantes à un suppôt de l'enfer. En homme « discret », John Wilson rompit l'engagement.

A ce moment, une place se trouva vacante à la Cour de l'Echiquier. Mais le jeune Wilson ne connaissait pas l'écriture de chancellerie — art fort compliqué et indispensable. On lui donna pour maître Mr. John Davies ^, de Fleet Street. C'était un calligraphe fameux. Il avait pour élèves les fils des plus grands personnages du royaume. Il avait eu l'honneur de former la main au prince Henry ! Et lorsque ce dernier mourut, en 1613, son ancien maître d'écriture fit pleurer les Muses « sur la perte de leur Espérance, l'Héroïque Henry, qu'on ne saurait

I. Né à Hereford vers 1565, mort à Londres le 6 juillet 1618.

XX INTRODUCTION

trop louer ^ ». Car Davies était en outre un poète aussi prolixe que prolifique 2. C'est peut-être avec lui que Wilson prit le goût de la poésie.

Mais voici bien une autre affaire ! Le calligraphe, sa femme ^, toute la famille pratiquait, elle aussi, le culte abominable. Leur exemple et leurs discours enveloppèrent Wilson et ébranlèrent son indifférence. Il ressentit bientôt des impulsions secrètes qui le sollicitaient vers le catholicisme. Notre libertin éprouva en son âme de grands conflits. 161 2 Cependant le semestre d'apprentissage s'écoula. Wilson était maintenant rompu aux écritures légales. Il fut admis comme clerc dans les bureaux de Sir Henrie Spiller, à la Cour de l'Echiquier. 11 entrait dans les attributions de ce noble fonctionnaire de poursuivre les papistes. En dehors de ses fonctions, il était excellent catholique. Et son premier soin fut de tenter la conversion de son nouvel employé. Il usait volontiers d'un grand argument sur l'ancienneté de l'Eglise romaine et la nouveauté de la protestante. Ces paroles, parce qu'elles émanaient d'un si grand personnage, n'en avaient que plus de force. Wilson était très ébranlé.

Pourtant il restait encore incertain. Et pour résoudre ses doutes, il avait accoutumé de discuter les croyances de son maître. Il faisait cela innocemment et parce que de la discussion jaillit la lumière. Mais Lady Spiller, qui brûlait de zèle, interprétait à faux cette louable curiosité. Elle soupçonnait en Wilson un farouche puritain ; en conséquence, elle le détestait.

Les choses en étaient là, quand Wilson, mauvaise tête, se prit de querelle avec une suivante de Lady Spiller. Deux ans passés dans la

1. The Muses Teares for the Losse of their Hope, Heroick and Nere-too-miich praised Henry, Prince of ÎVales.

2. On trouvera la liste complète de ses œuvres dans l'article très bien fait de M, A. H. Bullen {Dictionary of National Biography. Vol. XIV). Le Dr. Grosart en a donné une édition en 1873, ^ vol. in-4'*. Davies semble avoir été en relations avec tous les gens de lettres de la fin du XVl^ siècle et du commencement du XVIK 11 est à remarquer que Wilson ne dit pas un mot du talent poétique de son maître, ni des écrivains qu'il dut sûrement rencontrer chez lui.

3 . Mary Croft, sa première femme (il se maria trois fois), qui mourut en janvier 1612-3.

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