‹ Théâtre à la maison et à la pensionChapitre 10 sur 109 · THÉÂTRE A LA LIAISON · texte numérisé non relu

THÉÂTRE A LA LIAISON

MAURICE. — Moi, ilme semble que j'aurais beau être grand et même vieux, si j'étais brouillé avec mes amis j'irais vite, vite, leur tendre la main.

EUGÉNIE, — C'est ce que ton oncle, s'il était galant, devrait faire vis-à-vis de ma grand'mère, et je suis sûre qu'alors ma grand'mère, qui est très bonne, lui pardonnerait.

MAURICE. — Lui pardonnerait ! Mais je ne pense pas que mon oncle ait tort.

EUGÉNIE. — Moi, j'en suis sûre; ça ne peut pas être grand'maman.

MAURICE. — Et la raison?

EUGÉNIE. — La raison, c'est que je suis sa petite-fille.

MAURICE, riant. — Ah ! ah ! ah !

EUGÉNIE. — Je veux dire qu'étant sa petitefille, je ne puis pas penser qu'elle ait tort.

MAURICE. — C'est juste; mais c'est la même chose pour moi, qui, étant le neveu de mon oncle...

EUGÉNIE. — Non, ce n'est pas la même chose; vous êtes des hommes, vous, et nous des dames : c'est à vous de faire les avances.

MAURICE. — Mon oncle ne voudra pas; il est capitaine, pense donc ! et un capitaine...

EUGÉNIE. — Un capitaine, eh bien?

MAURICE. — Enfin, je suis sûr qu'il ne voudra pas. Un capitaine ne peut pas reculer...

EUGÉNIE.. — Alors, rien n'est fait. Et cepen-

dant, faire des avances, c'est le contraire de reculer.

MAURICE. — Faire des avances, c'est mettre les pouces, c'est cela, et, pour un militaire, c'est plus dur encore que pour un civil; mais, s'ils voulaient, il n'y aurait pas besoin de chercher un moyen de les réconcilier.

EUGÉNIE. — C'est vrai. Ils se tendraient la main, et tout serait dit.

MAURICE. — Tout de même, cherchons-en un, Eugénie; ça n'ira pas sans ça.

EUGÉNIE. — Soit, cherchons.

MAURICE, se frottant le front. Si... non... pcut-

être... non, non, ça nevaut rien, je ne trouve rien.

EUGÉNIE. — Voyons, nous disons qu'au fond ma grand'mère et ton oncle s'aiment toujours.

MAURICE. — Oui.

EUGÉNIE. — Donc, si un malheur arrivait à l'un des deux, l'autre oublierait sa colère et irait le voir.

MAURICE, vivement. — Mais j'cspèrc bien qu'il ne leur arrivera pas de malheur !

EUGÉNIE, postent. — On peut Icur en faire arriver un pour rire.

MAURICE, révolté. — Comment, pour rire ! Un malheur, ça n'est jamais pour rire...

EUGÉNIE. — Voyons ! si ma grand'mère perdait sa fortune... ou bien si le feu prenait à la maison de ton oncle?

MAURICE. — Ce n'est pas moi qui l'y mettrai, bien sûr.

EUGÉNIE, riant. — Ah ! ce Maurice, il ne comprend rien! On ne le mettrait pas, le feu; on dirait qu'il y est, et il n'y serait pas. Ou encore, je suppose que tu dises à ton oncle que ma grand'mère est tombée en apoplexie.

MAURICE, indigné. — Ce Serait terrible; ce serait une horreur! Cherchons autre chose.

EUGÉNIE. — Pourtant, ce moyen serait bon.

MAURICE. — Beaucoup trop bon... Un autre, et plus doux que tout ça.

EUGÉNIE. — Il faut... je ne sais pas trop... essayons de parler, toi à ton oncle, moi à grand'maman; de leur dire que c'est mal de ne pas être en bon accord, que... enfin ce qu'on imaginera.

MAURICE. — J'aimerais assez cela, mais je n'oserais pas...

EUGÉNIE. — Si tu ne veux de rien de ce qu'on te propose...

MAURICE. — Je voudrais bien, mais...

EUGÉNIE. — Alors, j'essayerai toute seule, moi, et, si je réussis, j'aurai tout l'honneur. Disparais, voici grand'maman;je vais lui parler

tout de suite. [Maurice disparaît.)

E.NTP.E pare:; T S.

Page 1