EUGÉNIE, MAURICE
MAURICE, sur le mur. — Cette Catherine ! estelle montée!... Notre Mariette est un peu la
même chose, par exemple. (// cueUle des cerises et
les jette à Eugénie.) Tiens , en voilà pour remplacer celles qu'elle m'a renvoyées. Encore, encore !
EUGÉNIE. — C'est assez, Maurice, merci.
Pauvre Catherine, qui veut m'en donner des paniers... si elle savait!
MAURICE. — A présent, nous sommes amis ?
EUGÉNIE. — Oui, mais il faudra toujours avoir l'air du contraire. Ce sera très amusant.
MAURICE. — Pas tant.
EUGÉNIE. — Mais si.
MAURICE. — Moi, je n'aime pas beaucoup à faire semblant; je voudrais être ton ami ici comme à Paris, à ciel ouvert.
EUGÉNIE. — Moi aussi, mais c'est impossible.
MAURICE. — Tant que nos parents sont brouillés; mais s'ils se raccommodaient?
EUGÉNIE. — Tiens, c'est vrai, je n'avais pas pensé à cela.
MAURICE. — Le difficile, c'est de trouver un moyen de les remettre bien ensemble.
EUGÉNIE. — Cherchons. Ils sont brouillés; mais, au fond, peut-être qu'ils s'aiment encore.
MAURICE. — Je le croirais bien, au moins pour mon oncle, car il regarde souvent votre maison d'un air triste, et il soupire toutes les fois que ses yeux tombent sur son jeu de dominos.
EUGÉNIE. — C'est absolument comme grand'maman. Oh! oui, ils s'aiment toujours... c'est comme nous. Tout à l'heure, nous avions l'air d'être fâchés, et, au fond, nous ne l'étions pas. Peut-être qu'à leur âge on n'ose plus se raccommoder comme lorsqu'on est enfant.