‹ Théâtre à la maison et à la pensionChapitre 37 sur 109 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

HÉLÈNE cacAee, MONSIEUR LAUGIER MONSIEUR LAUGIER, s' essuyant le front. — Quelle

cUaleur! j'ai un mal de tête!... {ii s'assied.)

HÉLÈNE, à part. — Il a mal à la tête. Pauvre homme !

MONSIEUR LAUGIER. — C'est égal, je suis bien heureux ; c'est une chance si rare d'avoir une occupation pendant les vacances, et les vacances sont si longues! Deux mois sans rien gagner,

UNE MYSTIFICATION. 31

deux mois pendant lesquels je ne puis rien envoyer à ma mère! Et il se trouve que ce bon M. Dartois me fait écrire par sa petite-fîUe de venir la faire travailler, et pour cela de m'installer chez lui. Me voilà sans inquiétude maintenant : nourri, logé ici, je pourrai envoyer à la maison l'argent que j'avais réservé pour ma pension. Quelle bonne surprise pour ma mère!

HÉLÈNE, à part. — Voilà pourquoi il aime à donner des leçons. C'est pour sa mère.

MONSIEUR LAUGiER. — Je suis presquc sûr que M. Dartois a deviné ma gène; c'est pourm'obliger qu'il me fait venir. Excellent homme !

HÉLÈNE, à part. — Je me repcus bien de ce que j'ai fait; si j'avais su...

MONSIEUR LAUGIER. — Cequim'étonne,c*esl que M"* Hélène y ait consenti; elle si paresseuse.

HÉLÈNE, à part. — Le malhonuète, je ne me repens plus.

MONSIEUR LAUGIER. — Mais SOU grand-papa lui aura expliqué que ces leçon» me seront utiles, elle aura bien voulu, car elle est bonne.

HÉLÈNE, à part. PaS trOp.

MONSIEUR LAUGIER. — J'ai toujouTs VU quc cette enfant a un excellent cœur.

HÉLÈNE, à part. — Quaud il saura...

MONSIEUR LAUGIER. — Je tâcherai qu'elle ne se repente pas de ce bon mouvement. Je lui rendrai les leçons aussi intéressantes que je pourrai.

HÉLÈNE, à part. — G'est lui qui GSt boil.

MONSIEUR LAUGiEB. — A la ville, OÙ je n'ai que deux heures à passer avec elle, il s'agit de bien employer le temps, de faire beaucoup de choses ; il en résulte que l'enseignement est un peu sec; ici, où je pourrai lui consacrer toute la journée, j'aurais bien du malheur si, tout en lui faisant faire des progrès, je ne réussis pas à l'intéresser, même à l'amuser.

HÉLÈNE, à part. — Oui, je me rcpcns bien.

MONSIEUR LAUGiER. — Je lui raconterai des histoires; je lui apprendrai des jeux. Je crois que nous serons bons amis.

HÉLÈNE, à part. — J'eutcnds grand-papa.

SCÊiNE III

HÉLÈNE cachée, MONSIEUR LAUGIER MONSIEUR DARTOIS

MONSIEUR DARTOIS. — Vous ici, chef monsieur, par quel heureux hasard?

MONSIEUR LAUGIER, étonné. — Mai S, monsicur, je n'ai fait que me rendre à votre invitation.

MONSIEUR DARTOIS. — Eu effet, jc VOUS ai prié de venir déjeuner avec nous quand vous voudriez, et je suis enchanté que vous vous en soyez souvenu ; mais pendant la canicule, je n'espérais pas...

UNE MYSTIFICATION

HÉLÈNE, vivement. — Je veux réparer ma faute. Je sais ce que je veux faire.

MONSIEUR LAUGiER. — Pardou, moDsieur, mais je ne comprends plus... J'ai reçu ce matin une lettre qui... Me serais-je trompé?

ntLt^E, se montrant:— Nou, mousieur, VOUS ne vous êtes pas trompé. Je vais l'expliquer, grandpapa. Je suis très ignorante, comme tu dis souvent, et, pendant les vacances, j'oublie encore le peu que j'ai appris en hiver. J'ai réfléchi à cela et j'ai écrit à M. Laugier pour le prier de venir demeurer avec nous cet été afin de me donner des leçons.

MONSIEUR DARTOis. — Tu as fait cela sans me consulter?

HÉLÈNE. — Est-ce que je ne savais pas, petit grand-papa, que tu veux toujours ce que je veux, surtout quand c'est très raisonnable? Et puis j'étais si sûre que ça te ferait plaisir de voir que je veux étudier, réparer le temps perdu.

MONSIEUR DARTois. — C'cst vrai *, je n'aurais jamais osé te le proposer, mais je suis ravi que ridée t'en soit venue.

MONSIEUR LAUGIER. — Bien peu de petites demoiselles seraient capables d'une telle résolution.

MONSIEUR DARTois. — Elle m'étonue autant

qu'elle me charme. Je suis fier de ma petite-fille.

MONSIEUR LAUGIER. — Et moi de mon élève.

HÉLÈNE, vivetneiit. — Eh bien ! non, monsieur; non, grand-papa, je ne veux pas être louée quand je mérite au contraire d'être grondée.

MONSIEUR DARTois. — Groudée?

HÉLÈNE. — Oui, et même punie. Je ne suis pas bonne du tout, et je viens de mentir. — Mon cousin Raoul m'avait tant parlé des mystifications qu'il faisait, que cela m'a paru amusant d'en essayer, et j'ai écrit à M. Laugier de venir, pensant qu'il serait bien attrapé.

MONSIEUR LAUGIER. Oh!

MONSIEUR DARTOIS, tristement. Toi, Hélène !

HÉLÈNE. — Oui, grand-papa, et je me suis cachée là pour voir arriver M. Laugier et jouir de sa mine désappointée. Mais quand j'ai vu qu'il avait si chaud... et... qu'il se réjouissait de donner ces leçons... alors... je me suis repentie... beaucoup, beaucoup. Il faut me pardonner, grand-papa, et vous aussi, monsieur, mais je dois être punie. J'ai fait venir M. Laugier, il faut qu'il reste et qu'il me fasse travailler.

MONSIEUR DARTOIS. — J'y couseus de grand cœur, si notre ami le veut bien.

HÉLÈNE. — S'il refusait, je croirais qu'il reste fâché.

MONSIEUR LAUGIER. — Je n'ai garde, ma chère enfant, vous avez trop gentiment reconnu votre faute.

MONSIEUR DARTOIS. — Tu as eu, ma fîUe, le

UNE MYSTIFICATION. 3o

double mérite d'avouer loyalement et de vouloir réparer. Mais songes-y bien, toutes les fautes ne sont pas réparables. Il en est telles dont les conséquences peuvent être très funestes. Celleslà, on a beau les pardonner à celui qui s'en est rendu coupable, il reste très malheureux,

HÉLÈNE. — Je crois bien, {a m. Laugier.) Avezvous encore mal à la tète, monsieur?

MONSIEUR LAUGiER. — Bcaucoup moins.

MONSIEUR DARTois. — Vous Evicz... ah! je comprends, la chaleur.

HÉLÈNE. — Vous ne serez pas malade, n'est-ce pas?

MONSIEUR LAUGiER. — Nou, Hon, u'aycz pas peur.

HÉLÈNE. — Que je suis contente !

MONSIEUR DARTois. — C'est vrai , la course que M. Laugier a faite au grand soleil aurait pu lui faire beaucoup de mal.

HÉLÈNE. — Je ne me le seraisjamais pardonné.

MONSIEUR LAUGIER. — Chère enfant !

MONSIEUR DARTOis. — Le bou Dicu a voulu l'épargner cette punition. — Mais allons déjeuner; après, nous reparlerons de ta première mystification.

HÉLÈNE. — Et la dernière, grand-papa, je te le promets, la dernière.

{La toile tombe.)

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