‹ Théâtre à la maison et à la pensionChapitre 38 sur 109 · SCÈNE PREMIÈRE BLANCHE, RENÉ · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE BLANCHE, RENÉ

BLANCHE. — Voici la source. Julie nous a défendu d'aller plus loin, il faut nous arrêter. Peut-être rencontrerons-nous une fée aujourd'hui. C'est dans les bois qu'habitent les fées.

RENÉ. — Nous n'en avons jamais vu ni ici ni ailleurs; Julie dit qu'il n'y a plus de fées.

BLANCHE. — Pourquoi n'y en aurait-il plus? 11 y en a peut-être moins qu'autrefois, mais il doit bien en rester encore quelques-unes.

RENÉ. — A quoi reconnaîtrais-tu une fée, toi?

BLANCHE. — Ce sont de vieilles, vieilles femmes, toutes déguenillées, ou bien de belles, belles dames avec des robes d'or et des couronnes en diamants.

RENÉ. — J'aimerais mieux en rencontrer une belle, moi.

BLANCHE. — Oui ; mais presque toujours, pour commencer, elles étaient laides, cassées, appu yées sur des bâtons . Elles voulaient ainsi éprouver les enfants, et quand ils avaient été bien gentils, bien polis avec elles, elles se changeaient en belles dames et leur faisaient des dons.

RENÉ, pensif. — AloTS, la vieille femme qui est venue ce matin à la grille du château (elle avait un panier et un bâton), c'était peut-être une fée, dis, Blanche?

BLANCHE. — Çasepeut; jenel'aipas vue, moi.

RENÉ. — Si j'avais pensé que ce fût une fée, je lui aurais dit bonjour; mais elle était si laide, si laide, que je lui ai fait la grimace.

BLANCHE. — La grimace! Ah! bien, tu l'as échappé belle; si elle eût été une fée, elle aurait bien pu te donner un coup de baguette, et te changer en... oiseau bleu.

RENÉ. — Ça ne m'aurait pas fait de peine, j'aimerais bien être un oiseau; ça vole et ça n'apprend pas à écrire.

BLANCHE. — Oui, mais ça est tué par les chas-

LA FÉE DE BLANCriE ET RENÉ. o

seurs. Et puis, elle aurait pu te changer en autre chose, en quelque vilainebête,enaraignée, par exemple, en chenille...

RENÉ. — Fi !

BLANCHE. — En crapaud

RENÉ. — Ah! mais non!

BLANCHE. — Il faut prendre garde avec les fées, elles ne badinent pas.

RENÉ. — Ah! s'il en venait une, je serais poli. J'ai ma timbale, je lui offrirais à boire.

BLANCHE. — Moi aussi , j'ai ma timbale. Je l'ai prise exprès.

RENÉ. — Oh ! regarde donc, là-bas, une vieille femme qui vient. Est-ce notre fée?

BLANCHE. — Peut-être.

RENÉ. — Elle a un panier.

BLANCHE. — Et un bâtoH.

RENÉ. — Elle marche toute courbée.

BLANCHE. — Oui, oui, bicu sûr, c'est une fée.

RENÉ. — Quel bonheur!

BLANCHE. — Souviens-toi d'être gentil.

RENÉ. — Oh ! oui, tu verras. Elle nous fera un don, tu crois?

BLANCHE. — Bien sûr.

RENÉ. — Peut-on demander ce qu'on veut?

BLANCHE. — Quelquefois. Ça dépend.

RENÉ. — Moi, je voudrais le don de savoir toujours mes leçons sans les apprendre.

BLANCHE. — Moi , je voudrais. . . Chut. . . la voici . Allons à sa rencontre.

RENÉ court en avant et revient effrayé. — Ah ! HlOn

Dieu, Blanche. C'est elle, c'est la vieille à qui j'ai fait la grimace. Elle va me changer en crapaud.

BLANCHE. — Elle ne te reconnaîtra pas ; on t'a justement coupé les cheveux.

RENÉ. — C'est égal, j'ai bien peur. (// se cache

derrière Blanche.)

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