REGARDE-LA BIEN, ELLE VA SE TRANSFORMER
LA FÉE DE BLANCHE ET RENÉ. i3
BLANCHE. — Et nous aurioDS porté votre panier, si vous aviez voulu.
RENÉ. — Quand même il aurait été lourd, lourd.
CLAUDINE. — Eh bien, mes petits chéris, no vous ai-je pas remerciés?
BLANCHE. — Oui, mais...
RENÉ. — Changez- vous, madame, métamorphosez-vous, maintenant.
CLAUDINE, étonnée. — Me changer?
RENÉ. — Oui, vous si laide comme ça, madame, devenez jeune et belle, et ayez votre robe d'or et votre couronne en diamants.
CLAUDINE. — Une robe d'or? une couronne en diamants? Ah çà î pour qui me prenez-vous?
BLANCHE. — Pour une fée, pour une bonne fée.
CLAUDINE, riant. — Une féc ! ah ! ah ! ah ! la Claudine, une fée!
RENÉ. — Je vous en prie, changez-vous
CLAUDINE. — Eh î mes enfants, je ne demanderais pas mieux. Si je pouvais me rajeunir, ce serait tôt fait; si je pouvais avoir, non pas une robe d'or, mais une bonne jupe en mérinos, ça serait vile fait aussi. Par malheur, ça ne se peut pas. Le temps m'a faite vieille et le bon Dieu m'a faite pauvre. Je resterai comme ça jusqu'à ce qu'il me prenne dans l'autre monde, où il me rajeunira lui-même, s'il veut, et où, s'il veut aussi, il me fera riche.
BLANCHE. — Vous ii'êtes pas une fée?
CLAUDINE. — Non, vraiment, mes petits.
RENÉ. — Alors vous ne nous ferez pas de don?
CLAUDINE. — Hélas! non.
RENÉ. — J'aurais tant voulu un cheval volant, un tout petit.
BLANCHE. — Et moi, uuc aiguille qui travaille toute seule.
RENÉ. — Et moi...
CLAUDINE. — Je n'ai rien de cela, mes enfants.
BLANCHE. — Donnez-moi pourtant quelque chose, Madame : ce que vous voudrez.
RENÉ. — Oui, ce que vous voudrez.
CLAUDINE. — C'est que je n'ai rien de rien... Ah! si, tenez, je sens quelques noisettes au fond de ma poche. Prenez-les, c'est tout ce que j'ai.
BLANCHE ET RENÉ, ensemble. — Mcrci, madame,
merci bien.
CLAUDINE. — Et maintenant, adieu, il faut que j'aille soigner mon ménage. (Elle s'éloigne.)