‹ Théâtre à la maison et à la pensionChapitre 42 sur 109 · JUSTIN, EMMA · texte numérisé non relu

JUSTIN, EMMA

Au lever du rideau, Justin est assis près de la table. Emma regarde par la fenêtre.

EMMA. — Comme c'est ennuyeux, la pluie!

JUSTIN. — Oui... Pourtant, je l'aime encore assez quand elle ne tombe pas trop souvent et qu'elle ne dure pas trop longtemps; on nous permet alors de jouer dans la bibliothèque de papa où il y a tant de choses à voir.

EM.MA. — C'était bien amusant les premières fois, mais à présent on connaît tout. [Montrant

l'armoire sculptée.) Il n'y a plus quG Cette armoirs; si on pouvait l'ouvrir...

JUSTIN. — Oui, mais c'est formellement défendu.

EMMA, avec un soupir. — Je le sais bien.

JUSTIN. — Tiens, tiens, vois donc là-haut; est-ce que ce n'est pas une gravure nouvelle?

EMMA, d'un ton ennuyé. — Ça, c'cst UU tableau

qui est revenu, ce matin, de chez l'encadreur. Je l'ai déjà vu, quand on l'a apporté, et ie ne l'aime pas du tout.

JUSTIN. — Il est très beau : c'est Adam el Eve chassés du Paradis terrestre.

EMMA. — Eh bien, c'est cela que je n'aime pas, qu'on les ait chassés de ce beau jardin.

JUSTIN. — Ils avaient désobéi.

EMMA. — Bien sûr! ils avaient eu tort. Mais rien que pour cela, leur fermer, et fermer à tout le monde, après eux, la porte de ce beau jardin, c'est tout de même une punition bien sévère. Je conviens qu'Eve a été trop gourmande.

JUSTIN. — Si tu avais été à sa place...

EMMA, vivement. — Je u'aurais pas mangé la pomme.

JUSTIN, riant. — Tu ne pcux pas les souffrir, les pommes ! Mais si cela avait été des abricots.

EMMA, piquée. — Pas davantage, monsieur.

JUSTIN. — Cela aurait bien mieux valu qu'elle ne les eût pas aimées du tout, les pommes.

EMMA. — Je crois bien I

JUSTIN. — D'abord, on ne mourrait point.

EMMA. — Ensuite, on n'aurait pas été condamné à travailler. Plus de leçons!

JUSTIN. — Ohî pour ça... Pendant les vacances nous n'étudions guère, nous pouvons faire à peu près ce que nous voulons. Nous sommes tout à fait comme dans le paradis.

EMMA. — Dans le paradis il ne pleuvait pas.

JUSTIN. — Mais nous avons une belle maison, pour nous mettre à l'abri, ce qu'Adam et Eve n'avaient pas.

EMMA. — Oui, mais nous avons comme eux le fruit défendu.

JUSTIN. — Où le vois-tu, ton fruit défendu?

EMMA. — Eh bien ! mais est-ce que tu la comptes pour rien, l'armoire qu'il ne faut pas ouvrir? C'est la même chose que l'arbre du fruit défendu. Qu'est-ce qui te dit qu'il n'y a pas, dans l'armoire, de très bonnes choses, bien meilleures à manger que des pommes?

JUSTIN. — Soitî mais le tentateur n'est pas là; il n'y a pas trace de serpent ici.

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