‹ Théâtre à la maison et à la pensionChapitre 43 sur 109 · SCÈNE II JUSTIN, EMMA, LOUISON · texte numérisé non relu

SCÈNE II JUSTIN, EMMA, LOUISON

LouisoN. — Bonjour, mademoiselle ! Bonjour, monsieur I

EMMA ET JUSTIN. — Eh! c'est toi, Louison! Bonjour!

EMMA. — Il y a longtemps qu'on ne t'a vue !

LouisôN, soupirant. — Ma maîtresse d'apprentissage ne me laisse pas sortir.

EMMA. — Pauvre Louison! si petite, et coudre toute la journée! Ça t'ennuie, n'est-ce pas!

LOUISON. — Oh! oui; mais il faut bien apprendre à gagner sa vie.

JUSTIN, d'un ton de raison. — C'est SÛr.

LOUISON. — Aujourd'hui j'ai eu la permission de venir voir ma tante.

EMMA. — Notre bonne Gertrude a dû être joliment contente.

LOUISON. — Oui, mais elle est occupée à la lingerie. Madame m'a dit de venir vous trouver.

EMMA. — Quel bonheur ! Nous allons jouer.

LOUISON, regardant autour d'elle avec admiration. —

Comme c'est beau, ici!

JUSTIN. — C'est la bibliothèque de papa ; tu ne l'avais jamais vue?

LOUISON. — Non, jamais.

EMMA. — Nous nous y amusons quand il fait mauvais temps.

LouisoN. — Les beaux livres! et les beaux tableaux !

JUSTIN. — Viens voir les médailles, (ii la mène

au médaillier et en tire les tiroirs.) Vois-tu, là SOnt IcS

monnaies françaises de tous les temps; ici, des pièces romaines; dans ce tiroir...

EMMA. — Ça ne Tamuse pas, tes médailles.

Regarde ici, Louison. {ElUla conduit devant une armoire vitrée contenant des oiseaux empaillés.)

LOUISON, joignant les mains. — Oh! leS beaUX,leS

beaux oiseaux ! C'est-il bien possible qu'il y ait des oiseaux comme ça!

JUSTIN, tirant Louison. — VieUS icî. G'est la Col-

lection égyptienne. Regarde, ça, c'est une momie.

LouisoN. — Fi ! que c'est laid ! ça me fait peur, monsieur Justin, j'aime bien mieux voir les oiseaux.

EMMA. — Il faut aussi que tu regardes les coquillages. N'est-ce pas qu'ils sont jolis?

LouisoN. — Oui, je les aime beaucoup, surtout ces roses. Êtes-vous heureux d'avoir tout ça!

[^Montrant l'armoire sculptée.) Et ici, qu'est-Ce qu'il y a?

EMMA, —r- Nous ne savons pas.

LOUISON. — Mais la clef est à la serrure. JUSTIN. — Ça ne fait rien, papa nous a défendu d'ouvrir.

LOUISON. — Ah! pourquoi?

EMMA. — Il n'a pas dit pourquoi.

j ouisoN, songeuse. — H Y a saus doute des clioses encore plus belles que toutes les autres.

EMMA, soupirant. — C'est ce que je pense.

JUSTIN. — Ou plutôt des choses dangereuses.

EMMA. — Comment ! quelles choses dangereuses?

JUSTIN. — Je ne sais pas... peut-être des armes chargées qui partiraient dès qu'on ouvrirait la porte.

EMMA. — Ohl non, si c'était ça, papa aurait ôté la clef.

JUSTIN. — Pourquoi? Il se fie à nous, du moment qu'il nous a dit: «Vous n'ouvrirez pas... »

LOuisoN, d'un air fin. — Oui, monsicur Justin; mais votre papa sait bien qu'il y a des enfants qui désobéissent, et si ça vous arrivait, il ne voudrait pas que vous fussiez tellement punis.

EMMA. — C'est bien sûr, il nous aime trop.

LOUISON. — Puisqu'il a laissé la clef, c'est qu'il n'y arien de dangereux.

EMMA. — Sans doute. Mais alors, qu'est-ce que ça peut être?

LOUISON. — Vous auriez bien envie de le savoir?

EMMA. — Oh! oui!

JUSTIN. — Pas moi.

EMMA. — J'en rêve toute la nuit.

JUSTIN. — Je n'y pense seulement pas.

EMMA. — Oh! toi...

JUSTIN. — Je ne suis pas curieux, c'est comme il faut être. La curiosité, c'est pire encore que la gourmandise. Papa a dit : « Vous n'ouvrirez pas cette armoire ; » je ne l'ouvre pas.

EMMA. — Oh! je ne l'ouvre pas davantage; il me semble qu'on ne fait pas de mal en se demandant ce qu'il peut y avoir dedans.

LouisoN. — Bien sûr que non.

JUSTIN. — A quoi ça sert-il?

EMMA. — Ça sert... ça sert... ça m'amuse.

JUSTIN. — J'aurais cru plutôt que ça te tourmentait.

EMMA, sans écouter Justin. — J'aimcrais tant deviner...

LouisoN, bas à Emma. — Si l'ou eutr'ouvrait rien qu'un petit peu la porte, ça vous aiderait.

EMMA, de même. — Oh ! Louisou, c'cst défendu...

LouisoN, de même. — D'ouvrir, mais pas d'entr'ouvrir.

JUSTIN. — Qu'est-ce que vous chuchotez?... Tu verras, Emma, qu'à force de l'occuper de cette armoire, tu ifiniras par. ...

EMMA. — Par quoi?

JUSTIN. — Par avoir une si grande envie de l'ouvrir que tu n'y pourras plus résister.

EMMA. — Je n'en ai pas envie du tout, monsieur, je vous prie de le croire.

JUSTIN. — A la bonne heure. Mais alors n'en

parlons plus, et faisons un jeu, cela vaudra beaucoup mieux.

EMMA. — Il a raison. A quoi veux-tu jouer, Louison?

LouisoN. — A ce que vous voudrez, mademoiselle.

EMMA. — Colin-maillard... Il faut être plus de monde, etpuis on pourrait casser quelque chose. Voulez-vous cache-cache?

JUSTIN ET LOUISON. — Oui, c'cst très amusant.

JUSTIN. — On ira se cacher dans les combles.

EMMA. — Qui sort le premier?

JUSTIN. — Moi ! moi !

EMMA. — Bon !

JUSTIN. — Vous compterez cent cinquante, bien lentement, et puis après vous me chercherez.

EMMA ET LOUISON. C'cst Ça. [Justin sort.)

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