SCÈNE II
ROBERT, seul.
ROBERT. — J'ai dit à Ernest que je renonçais à mon projet, pour qu'il n'allât pas se constituer le garde du corps de Brigitte et de ses
THÉÂTRE A LA MAISOxX.
ineptes petits-enfants. Il m'impatiente, ce garçon trop sage. 11 est vrai que ça me dispense d'avoir de la sagesse, qu'il en ait pour deux; c'est égal, il m'impatiente. On ne peut le mettre de moitié dans aucune malice; c'est ennuyeux, parce qu'il y a des tours qu'on ne joue bien qu'à deux. Enfin, c'est comme ça.
Mais ne perdons pas de vue notre projet. Qu'imaginer? Il faut que ce soit original. Je veux faire peur à Brigitte, c'est décidé. Comment? C est là le klC. [Use promené de long en large, vient s'accouder sur le bahut et se redresse tout à coup.) Oh ! la
bonne idée, la merveilleuse idée ! (ii se frotte les mains.) Je suis un garçou inventif, il faut l'avouer. C'est le moment. Notre brave femme de charge est plus régulière qu'une pendule; elle va venir, comme tous les soirs, après avoir réglé les affaires du ménage, s'installer à son rouet. Joël et Suzette, qui n'osent plus quitter ses jupons dès que le soleil baisse, viendront se mettre autour d'elle comme des poussins peureux. Nous allons rire. Vite dans ma cachette, [ii ouvre le bahut.) Par exemple, nous ne laisserons point retomber le couvercle sur nous, comme la petite châtelaine. Il ne faudrait pas badiner, car il est pesant, ce couvercle, et il se referme par son seul poids, [iiie fait jouer.) Oui, oui, je vois le danger ; il faut quelque chose pour le soutenir... Quoi!... La canne de mon oncle, c'est
LE BAHUT
justement mon affaire, {il va prendre la canne, puis U
entre dans le bahut.) On ne peut pas s'v étendre fort à l'aise... Bati ! les petites filles souffrent mille contraintes pour être belles, un garçon peut bien supporter quelque gêne pour faire une bonne plaisanterie. J'entends monter ; abaissons notre couvercle en nous ménageant un
soupirail convenable. (// abaisse le couvercle en le laissant
entr'ouvert.)