SCÈNE IV
Les Mêmes, ERNEST
ERNEST. — Qu'est-ce qu'il y a, ma bonne Brigitte? Comme vous êtes tous pâles! Pourquoi avez-vous tous l'air si effrayé?
BRIGITTE. — Il y a de quoi ! On a entendu une voix dans le bahut.
JOËL. — Oui, dans le bahut.
SUZETTE. — Qui criait, qui suppliait d'ouvrir... C'était peut-être un revenant!
ERNEST. — Il n'y a jamais eu de revenants, ma petite Suzette.
joEL. — Cependant, monsieur Ernest, la voix disait : « Je suis Robert. » •
BRIGITTE. — Et d'un ton si naturel qu'on s'y serait pris.
ERNEST. — Oh ! mon Dieu ! [ll s'élance vers le bahut, les autres se Jettent après lui pour le retenir.)
BRIGITTE. — Mais non, monsieur Ernest; vous voyez, on n'entend plus rien, n'ouvrez pas!
ERNEST, se dégageant. — LaisseZ-moi. {Il ouvre le
bahut.) Robert! Robert!... Sans mouvement!
mort peut-être... Oh! {Il le retire du bahut et le porte dans le fauteuil. — Brigitte, Joël et Suzette se sont enfuis à Vautre bout de la salle.)
JOËL, regardant de loin. — C'est pOUr de bon
M. Robert.
BRIGITTE. Pas possible. (Elle regarde.) C'est
lui, bien lui.
ERNEST. — Aidez-moi donc, vous autres. Du
vinaigre ! . . . de l'eau ! (Joël et Suzette sortent précipitamment. — Ernest frappe dans les mains de Robert.)
SUZETTE ET JOËL, revenant. Voici ! [Us apportent
un pot d'eau et une bouteille de vinaigre qu'ils posent près du fauteuil.)
ERNEST, après avoir jeté la moitié du pot d'eau sur la télé
de Robert, joyeusement. — Robert revient à lui. Robert ! mon cher Robert !
BRIGITTE. — Il n'est pas mort ! [Elle s'approche timidement, les enfants la suivent.)
ROBERT. — Ah!... merci, Ernest! Sans ton pot d'eau... Ma foi, on passe mal son temps au fond d'un coffre.
ERNEST. — Mais qu'y faisais-tu?
ROBERT. — J'étouffais.
ERNEST. — Oui, mais quelle idée de t'y être mis?
LE BAHUT. !•'
ROBERT. — Tu sais... je t'avais dit... que je voulais effrayer Brigitte, mal m'en a pris.
BRIGITTE. — Eh bien ! monsieur, vous avez réussi, je peux vous le dire. Je n'ai jamais eu si grand'peur de ma vie.
suzETTE ET JOËL. — Je CTois bien.
ROBERT. — Votre peur n'a rien été à côté de la mienne, ma pauvre Brigitte. Quand Joël a eu fermé le coffre, et que j'ai senti que j'étouffais et que j'avais beau crier, qu'on ne voulait pas m'ouvrir... oh! alors... j'ai cru tout de bon que c'était ma dernière heure.
ERNEST. — Pauvre Robert!
ROBERT. — J'ai fait dans le bahut des réflexions qui n'étaient pas roses, va. Je me suis récité la fable du Rat et de la Grenouille :
Tel, comme dit Merlin, cuide engeigner autrui Qui souvent s'engeigne soi-même.
BRIGITTE. — Si nous avious su !
ERNEST. — Et tu t'es promis, j'en suis sûr, de renoncer à jouer de méchants tours.
ROBERT. — Oui, et je tiendrai parole.
ERNEST. — A la bonne heure !... Et vous, Brigitte?...
BRIGITTE. — J'ai compris qu'il est du devoir d'une personne raisonnable de dominer sa peur pour rendre service. Mon petit Joël, par son
dévouement pour nous, a osé fermer le coffre; moi, j'aurais dû trouver le courage de le rouvrir.
ROBERT, gaiement. — Bail ! ma bonue Brigitte, la leçon n'aurait pas été si bonne, et je méritais une punition.
ERNEST. — Tout est bien qui finit bien.
{La toile tombe.)
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