SCÈNE II
Les Mêmes, HENRIETTE, toUette riche et de mauvais goût ; elle tient un carton à dessin.
GENEVIÈVE, allant d'un air empressé à la rencontre d'Hen •
nette. — BoujouF, ma chère Henriette ! Que c'est bien à toi de nous venir voir ! . . . Tu nous fais un plaisir!...
RAOUL, à part. — Dout je me passerais.
HENRIETTE. — Votre maman m'a dit de monter vers vous. Je ne vous dérange pas ?
RAOUL, à part. — Si, beaucoup.
GENTiviÈVE. — Comment donc! au contraire, nous sommes enchantés.
RAOUL, bas à Geneviève. — Parle pOUr toi.
GENEVIÈVE. — Assieds-toi donc, Henriette. Quelle ravissante robe !
RAOUL, à part. — Voilà que ça commence.
HENRIETTE. — Elle te plaît?
GENEVIÈVE. — Je crois bien , elle est d'un goût !
RAOUL, à part. — Flatteusc, va !
HENRIETTE. — J'en ai une encore plus jolie, mais je ne pouvais la mettre aujourd'hui ; j'allais au cours de dessin. Tu comprends, il y a là des petites filles qui ne sont pas très élégantes ; je ne voudrais pas faire trop de toilette pour ne pas les humilier.
RAOUL, àimrt. QuC c'cst tOUChaut !
GENEVIÈVE. — Montre-nous tes dessins.
HENRIETTE. — Je n'ai que le dernier ; il n'est pas très réussi.
RAOUL, à part. — Je Ic crois sans peine.
GENEVIÈVE. — Montre toujours.
HENRIETTE. — Il uc faudra pas vous moquer.
{Elle ouvre son portefeuille, Raoul s'éloigne avec affedation'jet va prendre un livre.)
GENEVIÈVE. — Nous moquer,comment donc!
Tu dessines à ravir.
HENRIETTE. — Il y a si peu de temps que j'ai commencé d'apprendre.
GENEVIÈVE. — Cedessinest vraiment délicieux.
HENRIETTE, se rengorgeant. — Je l'ai fait CU deUX
leçons.
GENEVIÈVE. — En deux leçons ! C'est admi-
rable. Tu as un véritable talent. — Regarde donc, Raoul?
HENRIETTE. — Vous qui avcz eu un prix de dessin, au collège, vous allez me donner votre avis.
RAOUL. — Dispensez-moi, voulez-vous?
HENRIETTE. — Comment? Pourquoi?
RAOUL. — Parce que je suis très franc, vous savez, et je dis toujours ce que je pense.
HENRIETTE. — C'est ce qu'il faut.
RAOUL. — Il paraît que non. Geneviève vient de me faire comprendre que j'ai tort.
HENRIETTE. PaS du tOUt.
RAOUL. — Que je fâche les gens.
HENRIETTE. — Mais jene me fâcherai pas, moi.
RAOUL. — Vrai ?
HENRIETTE. — Puisque je vous demande votre avis, je serais bien ridicule, si...
RAOUL. — C'est qu'il y a des gens ridicules.
HENRIETTE. — Je n'en suis pas, moi, je vous prie de le croire.
RAOUL. — Si c'est comme ça... Vous aimez qu'on vous dise la vérité?
HENRIETTE. SaUS doulc.
RAOUL. — Même quand elle est fâcheuse?
HENRIETTE. — Mais oui. Il n'y a rien de plus sot que les gens qui veulent toujours des compliments.
RAOUL. — C'est bien ce que je trouve.
HENRIETTE. — Dïtes-moi donc votre opinion.
RAOUL. Je veux bien. (Il veut prendre le dessin.)
HENRIETTE, retirant le dessin. Sincèrement.
RAOUL. — Oui, oui. {Même jeu.)
HENRIETTE. — Tout à fait ce que vous pensez.
RAOUL. Eh oui ! {Même jeu.)
HENRIETTE. — Saus me flatter.
RAOUL. N'ayez pas peur. {Même jeu.)
GENEVIÈVE, riant. — 11 en cst bien incapable. HENRIETTE. — Seulement, rappelez-vous que je l'ai fait très vite.
RAOUL. Vous l'avez déjà dit. {Même jeu.)
HENRIETTE. — Et quc je dessiue depuis très peu de temps.
RAOUL. — Oui, ne le répétez pas. {Même jeu.) • HENRIETTE. — Je u'avais pas un très bon crayon.
RAOUL, impatienté. Eh ! qUC d'affaireS ! (// lui
arrache ledessiri.)
GENEVIÈVE, bas à Raoul. — Fais attention à ce que tu diras. "^
RAOUL, après avoir examiné le dessin. (jU CSt-CC
que c'est que cette tète?
GENEVIÈVE. — Tu vois bien que c'est sainte Catherine.
RAOUL. — J'aurais cru que c'était sainte Barbe.
HENRIETTE. — A cause ?
RAOUJL, que Geneviève tire par la manche. Rien...
ces hachures sur les joues font un certain effet...