‹ Théâtre à la maison et à la pensionChapitre 53 sur 109 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les Mêmes, HENRIETTE, toUette riche et de mauvais goût ; elle tient un carton à dessin.

GENEVIÈVE, allant d'un air empressé à la rencontre d'Hen •

nette. — BoujouF, ma chère Henriette ! Que c'est bien à toi de nous venir voir ! . . . Tu nous fais un plaisir!...

RAOUL, à part. — Dout je me passerais.

HENRIETTE. — Votre maman m'a dit de monter vers vous. Je ne vous dérange pas ?

RAOUL, à part. — Si, beaucoup.

GENTiviÈVE. — Comment donc! au contraire, nous sommes enchantés.

RAOUL, bas à Geneviève. — Parle pOUr toi.

GENEVIÈVE. — Assieds-toi donc, Henriette. Quelle ravissante robe !

RAOUL, à part. — Voilà que ça commence.

HENRIETTE. — Elle te plaît?

GENEVIÈVE. — Je crois bien , elle est d'un goût !

RAOUL, à part. — Flatteusc, va !

HENRIETTE. — J'en ai une encore plus jolie, mais je ne pouvais la mettre aujourd'hui ; j'allais au cours de dessin. Tu comprends, il y a là des petites filles qui ne sont pas très élégantes ; je ne voudrais pas faire trop de toilette pour ne pas les humilier.

RAOUL, àimrt. QuC c'cst tOUChaut !

GENEVIÈVE. — Montre-nous tes dessins.

HENRIETTE. — Je n'ai que le dernier ; il n'est pas très réussi.

RAOUL, à part. — Je Ic crois sans peine.

GENEVIÈVE. — Montre toujours.

HENRIETTE. — Il uc faudra pas vous moquer.

{Elle ouvre son portefeuille, Raoul s'éloigne avec affedation'jet va prendre un livre.)

GENEVIÈVE. — Nous moquer,comment donc!

Tu dessines à ravir.

HENRIETTE. — Il y a si peu de temps que j'ai commencé d'apprendre.

GENEVIÈVE. — Cedessinest vraiment délicieux.

HENRIETTE, se rengorgeant. — Je l'ai fait CU deUX

leçons.

GENEVIÈVE. — En deux leçons ! C'est admi-

rable. Tu as un véritable talent. — Regarde donc, Raoul?

HENRIETTE. — Vous qui avcz eu un prix de dessin, au collège, vous allez me donner votre avis.

RAOUL. — Dispensez-moi, voulez-vous?

HENRIETTE. — Comment? Pourquoi?

RAOUL. — Parce que je suis très franc, vous savez, et je dis toujours ce que je pense.

HENRIETTE. — C'est ce qu'il faut.

RAOUL. — Il paraît que non. Geneviève vient de me faire comprendre que j'ai tort.

HENRIETTE. PaS du tOUt.

RAOUL. — Que je fâche les gens.

HENRIETTE. — Mais jene me fâcherai pas, moi.

RAOUL. — Vrai ?

HENRIETTE. — Puisque je vous demande votre avis, je serais bien ridicule, si...

RAOUL. — C'est qu'il y a des gens ridicules.

HENRIETTE. — Je n'en suis pas, moi, je vous prie de le croire.

RAOUL. — Si c'est comme ça... Vous aimez qu'on vous dise la vérité?

HENRIETTE. SaUS doulc.

RAOUL. — Même quand elle est fâcheuse?

HENRIETTE. — Mais oui. Il n'y a rien de plus sot que les gens qui veulent toujours des compliments.

RAOUL. — C'est bien ce que je trouve.

HENRIETTE. — Dïtes-moi donc votre opinion.

RAOUL. Je veux bien. (Il veut prendre le dessin.)

HENRIETTE, retirant le dessin. Sincèrement.

RAOUL. — Oui, oui. {Même jeu.)

HENRIETTE. — Tout à fait ce que vous pensez.

RAOUL. Eh oui ! {Même jeu.)

HENRIETTE. — Saus me flatter.

RAOUL. N'ayez pas peur. {Même jeu.)

GENEVIÈVE, riant. — 11 en cst bien incapable. HENRIETTE. — Seulement, rappelez-vous que je l'ai fait très vite.

RAOUL. Vous l'avez déjà dit. {Même jeu.)

HENRIETTE. — Et quc je dessiue depuis très peu de temps.

RAOUL. — Oui, ne le répétez pas. {Même jeu.) • HENRIETTE. — Je u'avais pas un très bon crayon.

RAOUL, impatienté. Eh ! qUC d'affaireS ! (// lui

arrache ledessiri.)

GENEVIÈVE, bas à Raoul. — Fais attention à ce que tu diras. "^

RAOUL, après avoir examiné le dessin. (jU CSt-CC

que c'est que cette tète?

GENEVIÈVE. — Tu vois bien que c'est sainte Catherine.

RAOUL. — J'aurais cru que c'était sainte Barbe.

HENRIETTE. — A cause ?

RAOUJL, que Geneviève tire par la manche. Rien...

ces hachures sur les joues font un certain effet...

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