CE N EST PAS MAL DU TOUT POUR UX DESSIN DE PETITE FILLE
HENRIETTE. — Ce sont les ombres.
RAOUL. — Oui... parfaitement... ce sont les ombres.
GENEVIÈVE, tirant toujours la manche de Raoul.
N'est-ce pas que c'est très joliment fait?
RAOUL, après un moment d'hésitation. Ce n'cst paS
mal du tout pour un dessin de petite fille.
HENRIETTE, choquée. — Un dcssin de petite fille !
RAOUL. — Eh bien, est-ce que vous n'en êtes pas une?
HENRIETTE. — Oui, mais ça signifie qu'il ne vaut rien?
RAOUL. — Oh ! je ne dis pas cela.
HENRIETTE. — Quc c'cst UH barbouillage?
RAOUL. — iMais je ne dis pas cela.
HENRIETTE. — Ma Sainte Catherine n'est pas du goût de monsieur?
RAOUL. — iMais encore une fois je ne dis pas cela.
HENRIETTE. — Et quc ditcs-vous donc, monsieur le connaisseur?
RAOUL. — Que vous ferez mieux plus tard, simplement.
HENRIETTE, outrée. — Je ferai mieux plus tard !
GENEVIÈVE. — Voyons, Raoul...
RAOUL. — Je l'espère, du moins ; car si vous en restez là...
HENRIETTE. — MoH maître est moins difficile, il a trouvé mon dessin excellent.
RAOUL. — S'il a ses raisons pour vous flatter.
HENRIETTE. — Et je l'ai fait absolument seule, il ne l'a pas retouché.
RAOUL. — Je le crois sans peine, car il aurait redressé les yeux de votre sainte qui louche terriblement.
HENRIETTE, furieuse. — Ma saiutc Catherine louche! C'est le comble! Allez, monsieur, si vous avez eu le prix de dessin, vous n'aurez jamais celui de politesse.
GENEVIÈVE. — Raoul, Henriette, je vous en prie...
HENRIETTE. — Maman, qui s'y connaît un peu mieux que vous, je pense, a trouvé ma sainte Catherine superbe.
RAOUL. — Il y a des mamans qui trouvent toujours superbe ce que font leurs filles.
HENRIETTE. — ■ Voilà qu'à présent vous dites du mal de maman !
RAOUL. — Pas du tout, je parle en général.
HENRIETTE. — En général... maman sera flattée; je le lui dirai.
GENEVIÈVE. — Ma chère Henriette...
HENRIETTE. — Je ue VOUS inviterai pas à mon bal, monsieur.
RAOUL. — Je n'y tiens pas, mademoiselle.
GENEVIÈVE. Raoul...
HENRIETTE. — On u'iuvite pas un mal élevé. GENEVIÈVE. — Henriette, je t'en prie.
HENRIETTE. — Un grossïer ! un butor! un...
GENEVIÈVE. — Voyons, Henriette, tu vas trop loin.
HENRIETTE. — Ah ! tu preuds son parti, toi ?
GENEVIÈVE. — Non, pas du tout, seulement...
HENRIETTE. — C'cst bien; toi non plus, je ne t'inviterai pas. Et je ne reviendrai jamais dans une maison où Ton ne me dit que des choses désagréables.
GENEVIÈVE. — Mais Henriette ! Henriette !
HENRIETTE. — Nou, HOU, VOUS ètes Tun
comme l'autre. {EUe sort bi-usquement.)