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SCÈNE IL

SERVILIUS

Oui, oui, Servilius sur tes pas va s'y rendre.

Ami de Mélius, je saurai l'y défendre...

Mais pourquoi ce vieillard dans mon cœur ébranlé

Fait-il passer l'effroi dont il est accablé ?

Sans être convaincu, je suis troublé moi-même.

Mélius prétendrait à la grandeur suprême!

De dons insidieux , de perfides bienfaits

Il envelopperait le plus noir des projets!

Il t'assassinerait après t'avoir sauvée !

Non , Rome , à tant d'horreurs tu n'es pas réservée.

A. d'injustes terreurs c'est trop m'abandonner ,

Et je deviens ingrat en l'osant soupçonner.

Ainsi, pour prix des biens dont il a comblé Rome,

Ce grand homme accusé l'est par un plus grand homme.

Un guerrier laboureur, un guerrier magistrat,

Qui depuis soixante ans, à l'armée, au sénat,

Pour tous nos ennemis également terrible,

A toute ambition se montre inaccessible,

Quintius, à nos murs si long-temps étranger,

S'y prétend rappelé par le commun danger!

Aux cris de la patrie éplorée , éperdue ,

Pour la sauver encore il quitte la charrue !

Quel que soit l'accusé, quel Romain, sans terreur,

Peut entendre la voix d'un tel accusateur ?

i74 GINCIN1NATUS.

Mon esprit incertain ne sait plus que résoudre. Je crains de condamner, et je tremble d'absoudre. A ton sort, Mélius, en vain je suis lié Par les nœuds de l'estime et ceux de l'amitié : Ton Emilie est chère à ce cœur qui l'adore ; Mais notre liberté m'est bien plus chère encore. Innocent , d'un appui ce cœur te rend certain ; Mais entre Rome et toi je ne suis que Romain.

LE PEUPLE, derrière le théâtre.

Triomphe à Mélius!

serviliu s.

Quels cris se font entendre?

le peuple.

Honneur à Mélius !

serviliu s.

Je commence à comprendre Les soupçons d'un vieillard qui voit avec effroi Au simple citoyen le cortège d'un roi.

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