SCÈNE IH
MÉLIUS, DRUSUS, i.e peuple.
MELIUS, de la tribune aux hai'angues.
Appui de l'innocence et son dernier refuge , Toi qu'un droit immortel constitua mon juge ,
ao6 CINGINNATUS.
Peuple , dans mon malheur , prête-moi ton soutien ,
Et contre des tyrans protège un citoyen.
Le sénat me poursuit : son implacable envie
Qui me dispute un bien plus aimé que la vie ,
De ta reconnaissance avide à me punir ,
Loin de ces bords sacrés s'apprête à me bannir.
Qui me peut cependant mériter tant de haine ?
Peuple , dans ma franchise imprudemment romaine ,
T'ai-je , habile à troubler les ordres de l'état ,
Entretenu jamais des crimes du sénat ?
Au pauvre épouvanté, terrible en ma peinture,
Ai-je montré jamais l'insatiable usure,
Fléau qui , par le riche à son comble porté ,
Dévore, avec les biens, jusqu'à la liberté?
Soit dans le consulat , soit dans la dictature ,
Peuple, ai-je peint ces grands adroits à t'en exclure,
S'arrogeant le pouvoir , toujours malgré la loi
Appesanti par eux et supporté par toi ?
Plus que nos ennemis, de ta dépouille avides.,
Les ai-je dénoncés, usurpateurs cupides
De ces champs , vainement conquis , fertilisés
Par nos soldats , de sang et d'espoir épuisés ?
Abhorrant ces excès d'audace et de rapine,
Mais craignant plus encor de la guerre intestine,
J'ai cru qu'un citoyen devait s'étudier
Moins à les rappeler qu'à les faire oublier :
C/est ce que j'ai tenté. Rome sait que mon zèle ,
Né de son infortune , augmentait avec elle :