‹ ThéâtreChapitre 14 sur 210 · CÉTHÉGUS, LE JEUNE MARIUS, GÉMINIUS · texte numérisé non relu

CÉTHÉGUS, LE JEUNE MARIUS, GÉMINIUS

GÉMINIUS.

Si j'en dois croire un bruit en ces murs répandu , Marius à ma haine est pour jamais rendu. La nef qui l'accueillit vient de remettre à terre Un fardeau qui de Rome attirait la colère.

Après l'avoir soustrait au plus pressant danger,

Craignant de le trahir et de le protéger,

Le nocher , profitant d'un sommeil favorable ,

A laissé ce proscrit étendu sur le sable ;

Ce proscrit, qui ne peut rencontrer des abris

Que parmi les roseaux qui bordent le Lyris ' .

Le ciel est tout en feu. Le plus affreux orage

Avance encor sa perte , et m'en est le présage.

( On entend le tonnerre.)

Par quel prodige enfin pourrait-il m'échapperi1

Mes soldats dispersés le vont envelopper.

Mais pour sa mort en vain dans ces lieux tout s'apprête;

Quel bras fera tomber cette superbe tête ?

Parmi tant de soldats , d'un tel exploit jaloux ,

C'est toi que j'ai choisi pour frapper ces grands coups.

Pour mériter deux fois le plus noble salaire ,

A la tête du fils joins la tête du père.

LE JEUNE MARIUS

S'il est vrai qu'en effet les implacables dieux

Veulent entre tes mains les livrer tous les deux ,

Oui , je puis réunir et l'une et l'autre tête.

Mais elle coûtera, cette double conquête!

Je cours la préparer. La foudre qui me luit

Eclairera mes pas égarés dans la nuit.

Tu verras qu'au courage il n'est rien d'impossible ;

Qu'il n'est pas d'antre affreux , de roc inaccessible ,

D'impénétrable abri , qui puisse me cacher

Un mortel qu'aux enfers je descendrais chercher.

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