‹ ThéâtreChapitre 157 sur 210 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

MALVINA, GAUL

GAUL

Vous n'avez plus d'époux; mais ce jour, dès long-temps Présagé par vos pleurs et vos pressentiments , D'un bonheur imprévu flattant votre misère , Dans l'épouse affligée épargne au moins la mère : Votre fds est vivant.

MALVINA

Mon fds ! Ah ! croyez-vous Qu'il n'ait pas partagé le sort de mon époux ?

GAUL

Il respire ; et bientôt , dissipant vos alarmes , De sa main consolante il essuîra vos larmes.

MALVINA

Espoir long-temps perdu! je sens trop qu'aujourd'hui Mon malheur presque entier disparaît devant lui.

OSCAH. 271

Ton ombre; , 6 mon époux ! ton ombre magnanime Dans un transport si doux ne saurait voir un erime : C'est celui d'une mère, et c'est celui d'un cœur Au sein du désespoir surpris par le bonheur. Mais qui peut retenir mon enfant ?

GAUL

L'esclavage De Carril et de lui fut long-temps le partage.

MALVINA

Quoi, Carril, quoi, mon fils, auraient porté des fers! Il pourrait exister un homme assez pervers Pour outrager en eux l'enfance et la vieillesse , Et surtout la pitié qu'on doit à la faiblesse î Je ne puis le penser... Quel est donc ce tyran ?

GAUL

C'est le roi de Lochlin ; c'est le sombre Swaran ,

Plus terrible aux mortels jetés sur ses rivages

Que les flots , les rochers couverts de leurs naufrages.

Les droits , les soins pieux de l'hospitalité ,

Remplacés par l'insulte et la captivité ,

Voilà ce qu'au malheur réserve le perfide ,

Et ce qu'en ses états a rencontré Dermide.

Près de son jeune enfant et de son vieil ami ,

En d'obscurs souterrains le héros a gémi ;

Dans la nuit des cachots traînant son existence ,

Vivant pour la douleur, et mort pour l'espérance.

Toutefois il sortit de ce séjour d'horreur ,

Il sortit , et ne fit que changer de malheur.

272 OSCAR

Ce vieillard, cet enfant, qui l'engageaient à vivre,

Plus observés , en vain tentèrent de le suivre.

Sa constance expirait , quand un juste trépas

De Caïrbar enfin punit les attentats.

Ce bruit, pour les méchants signal de l'épouvante,

Rendit à votre époux sa constance expirante :

Certain qu'impatients de traverser les flots,

A sa voix paternelle il verrait nos héros

De son malheureux fils courir briser la chaîne,

Dermide, respirant l'espérance et la haine,

Fait voile vers ces bords : il entrevoit déjà

Les rochers de l'Arven, les sapins du Cromla ,

Ses foyers , sa patrie , asile , heureuse terre

Que l'absence aux bons cœurs rendit toujours plus chère !

Il sourit, mais en vain : tout-à-coup le jour fuit;

Le spectacle enchanteur disparaît dans la nuit :

L'éclair croise l'éclair ; l'air mugit , le ciel gronde ;

La tempête en hurlant creuse et soulève l'onde :

Sur ces mêmes rochers qui promettaient le port,

L'infortuné bientôt ne voit plus que la mort,

La mort qu'il ne peut fuir. La vague , enfin , chargée

Des débris dispersés de la nef submergée,

Dans ce commun désastre, hélas! n'a respecté

Que le barde étranger qui nous l'a raconté.

MAL VIN A

Infortuné Dermide! ainsi Fonde en furie

L'engloutit à l'aspect de sa triste patrie.

Ainsi la mort , qu'en vain implorait sa douleur ,

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