CATON, FABIUS, PAUL-EMILE
FABIUS
Oui, Caton, loin des cris qui pourraient le troubler,
Le sénat en ces lieux a voulu s'assembler ,
Près de l'autel de Mars , sous de plus saints auspices.
Dites-moi cependant ce que font les comices;
De ses consuls enfin le peuple a-t-il fait choix?
CATON
Déjà l'heureux Crassus a réuni les voix.
342 SGIPION.
FABIUS
Mais qui doit avec lui monter au rang suprême ? Est-ce Valérius , Paul-Émile , ou vous-même ?
CATON
Je l'ignore. Ce choix , s'il est déjà formé,
Dans l'urne , Fabius , est encore enfermé.
Le trouble est au forum; jamais plus d'inconstance
N'avait du peuple encor signalé la puissance ;
Jamais, avant ce jour, entre tant de partis,
On n'avait vu flotter son suffrage indécis.
Las enfin des débats que la lenteur entraîne ,
Il fixait sa faveur trop long-temps incertaine ;
Au choix de Paul-Emile on allait s'accorder,
Sans l'étrange incident qui vient tout retarder.
Scipion dans nos murs à l'instant même arrive.
FABIUS
Scipion! Quoi, du Tage abandonnant la rive...
CATON
Ne nous demandons pas quel intérêt si grand Contraint ce proconsul à déserter son camp, A retirer son bras à l'Espagne alarmée , A franchir une mer de toutes parts fermée , A braver , sur la foi de deux faibles vaisseaux , Les flottes de Carthage et la fureur des eaux ; Cet intérêt, seigneur, en ce moment s'explique. Vêtu de blanc , debout sur la place publique , Croyant tout autre droit par les siens effacé , Au rang des candidats Scipion s'est placé.