‹ ThéâtreChapitre 197 sur 210 · SCENE III. 35i · texte numérisé non relu

SCENE III. 35i

Carthage Depuis plus de quinze ans dévaste ce rivage. Sénat, vous rappeler les jours de nos revers , Des Romains égorgés nos champs cinq fois couverts , Trois consuls partageant le sort de leurs cohortes 8, Et le camp d' Annibal assis devant vos portes , C'est dans le même instant vous faire envisager Ce qu'on peut craindre encore, et ce qu'il faut venger. De plus d'un vrai Romain la constance héroïque Triompha, je le sais, du héros de l'Afrique; Mille fois Fabius, sans avoir combattu, Sut l'empêcher de vaincre, et c'est l'avoir vaincu; Marcellus, moins heureux, a fait aussi connaître, Avant qu'il fût surpris, qu' Annibal pouvait l'être : Et pourtant Annibal, sans amis, sans soutiens, Comme par nos succès affaibli par les siens, Tient encor son armée en Abruzze établie , Et, toujours redoutable au fond de l'Italie, De moment en moment y peut voir accourir Les secours implorés pour la reconquérir. Ah ! qu'un sort différent désormais va l'attendre , Si Rome à ma prière aujourd'hui veut se rendre! Oui, sans renouveler d'inutiles efforts, Voulez-vous le contraindre à fuir enfin nos bords ? Portons à notre tour dans les remparts qu'il aime L'effroi qu en nos remparts il a porté lui-même. « Compagnons , disait-il à ses fiers Africains ,

« C'est dans Rome qu'il faut attaquer les Romains. » Faisons de ce conseil un plus heureux usage : Que le Carthaginois soit vaincu dans Carthage. Sénat, de cette guerre ordonnez -vous l'apprêt? Vaisseaux, armes, soldats, dans trois mois tout est prêt. Marchons où la justice et l'honneur le commandent , Où les peuples d'Afrique à grands cris nous demandent : Vengeons-les , vengeons-nous de ce peuple sans foi , Qui, d'un vil intérêt prenant toujours la loi, Avare également , soit qu'il brave ou qu'il flatte , Fait la paix en marchand, et la guerre en pirate. Trop long-temps sur la mer ses vaisseaux ennemis Usurpèrent les droits qui nous furent promis ; Ecrasons-le sur terre, écrasons-le sur l'onde, Et dans Carthage après donnons la paix au monde.

PAUL -EMILE

Scipion, sans chercher ce qu'on peut opposer

Au noble et vaste plan que tu viens d'exposer ,

J'y souscris. Ton génie et m'entraîne et m'enflamme ;

J'admire en tes projets l'empreinte de ton âme.

Depuis le jour fameux où , recouvrant ses droits ,

Rome a vu ses consuls succéder à ses rois,

Jamais rien de plus grand, jamais rien de plus juste,

Ne fut délibéré dans cette enceinte auguste.

Au décret du destin hâte-toi d'applaudir ,

C'est peu de te venger , Rome , il veut t'agrandir.

Tremble , Carthage ; et nous , pour assurer ta chute ,

Ordonnons que l'auteur du projet l'exécute.

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