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Bruxelles, avril 1817.
Deux biographies, entre autres, ont donné un précis de ma vie ; toutes deux sont inexactes : l'une 9 celle d'Eymery , ne contient que des erreurs sans conséquence , comme sans malveillance; il n'en est pas ainsi de l'autre, celle des frères Michaud , honnêtes gens qui exploitent, de compte à demi , les réputations des vivants et des morts.
Le moyen le plus simple de relever toutes ces erreurs , qui peuvent servir de base à l'opinion publique, est, je crois, de dire la vé-
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rite. La notice suivante sera dictée par elle ; tout honnête homme qui veut me juger en connaissance de cause doit la consulter. Il m'en coûte d'entretenir le public de moi; mais ceux qui, à ce sujet, ont pris l'initiative ne m'en font-ils pas une nécessité? Je tiens à l'estime de mes contemporains, à l'estime de la postérité; je tiens à ma réputation : je n'ai plus d'autre bien.
« Antoine-Vincent Àrnault est né à Paris , en 1 j66. Il a été élevé au collège de Juilly. En 1785, Madame y épouse de Monsieur (Louis XVIII), lui fît délivrer un brevet de secrétaire de son cabinet, titre purement honorifique. En 1789, il acheta de M. Sylvestre, aujourd'hui membre de l'Institut, une charge dans la maison de Monsieur \, charge alors honorable, charge assez chère, et dont il a perdu la finance.
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Entraîné, dès l'âge le plus tendre, dans la carrière des lettres, par un penchant irrésistible, Arnault débuta en 1791? au théâtre français , par la tragédie de Marius à Minturnes , et en 1792 il donna celle de Lucrèce.
Au mois de septembre de la même année , Arnault , qui n'avait pas embrassé les opinions de la révolution , passa en Angleterre, et de là à Bruxelles, où il fut accueilli par le prince Auguste d'Aremberg, auquel il avait été recommandé par l'abbé de Montesquiou.
En rentrant en France, il fut arrêté à Dunkerque, comme émigré, et ne sortit de prison qu'en vertu d'une décision du comité de salut public , qui , eu égard à la qualité d'homme de lettres, déclara la loi sur l'émigration non applicable à ce prévenu.
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Exclusivement occupé de littérature, et vivant presque toujours à la campagne depuis son retour en France , Arnault fit successivement représenter, en 1 794? à l'Opéra, l'acte d' Horatius Codes ; au théâtre de Favart, Phrosine et Mélidore , drame lyrique en trois actes et en vers; au théâtre de la République, Quintius Cincinnatus y tragédie en trois actes ; et en 1 799 , les Vénitiens, tragédie en cinq actes. Le sujet de cette dernière pièce est tiré d'un recueil intitulé Soirées littéraires , où l'abbé Coupé l'a consigné, et où il est probable que l'abbé Matthieu ou l'abbé Christophe, en faveur duquel les frères réclament, Ta pu trouver aussi.
C'est la tragédie des Vénitiens , et non celle d' Oscar y qui est dédiée au général Bonaparte. Si l'on veut connaître, au juste,
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les sentiments de l'auteur pour cet homme au moins extraordinaire, il faut lire l'épître dédicatoire qu'il lui adresse à cette occasion.
Arnault avait été accueilli avec distinction, à Milan, par le vainqueur de Lodi, par le pacificateur de Léoben ; chargé par lui d'organiser dans les îles Ioniennes un gouvernement provisoire , cette mission honorable lui avait donné les moyens de faire agréablement le voyage d'Italie, voyage pendant lequel la tragédie des Vénitiens a été composée. Traité avec distinction , avec affection même par l'homme qu'il admirait, il est tout naturel qu'il l'ait aimé.
En 1798, Arnault, embarqué avec le général Bonaparte, non comme officier, mais sans qualité , mais sans fonction , n'est pas allé jusqu'en Egypte. Il fut retenu à Malte par les soins que réclamait de lui la santé
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d'un ami en danger. Ce danger passé, il partit pour France sur la Sensible ^ frégate française de trente-six canons, laquelle fut rencontrée et prise à l'abordage par le Sea Horse^ frégate anglaise de cinquante. Le capitaine James Footes , qui commandait ce dernier bâtiment, n'abusa pas de la victoire. Brave homme, dans toutes les acceptions de ce mot, il usa envers ses prisonniers, et particulièrement envers l'auteur de cette notice , qui n'a eu ni d'autre table ni d'autre chambre que celles de ce capitaine; il usa, dis-je, envers ses prisonniers des procédés les plus généreux. Rendre ce témoignage à la loyauté de cet excellent homme, c'est payer une dette d'honneur.
Àrnault n'avait pris aucune part active aux révolutions qui s'étaient succédé en France jusqu'à celle du 18 brumaire. Cela
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se conçoit. On conçoit aussi qu'il ait figuré
dans cette dernière*
Nommé en 1800, par le ministre de l'intérieur, chef de la division d'instruction publique, il a gardé cette place jusqu'à l'époque de l'organisation de l'université , où il était à la fois conseiller et secrétaire général.
Dans l'intervalle qui s'était écoulé depuis 1800, époque de sa nomination, jusqu'à 181 5, époque de sa suppression, ses occupations administratives ne lui firent pas négliger les lettres. Il donna au théâtre français, en 1 8o5, Don Pèdre^ ou le Roi et le Laboureur, tragédie en cinq actes , laquelle fut sifflée , comme le relate véridiquement la biographie des frères. — La Rançon de du Guesclin, ou les Mœurs du quatorzième siècle y comédie en trois actes , représentée au
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même théâtre, en 1814 ? n'y fut pas plus favorablement accueillie, ainsi que les frères le relatent aussi. Ces pièces sont imprimées dans ce recueil : on peut voir à quel point elles ont mérité leur disgrâce. Scipion consulj drame héroïque en un acte, n'a été représenté qu'au prytanée de Saint-Cyr, par les élèves de cet établissement, auxquels Arnault le confia, d'après les désirs du ministre de l'intérieur alors régnant.
Gomme chef de l'instruction publique, Arnault composa les ouvrages suivants :
i°, 180 4 j> De V administration des établissements d 'instruction publique et de la réorganisation de V enseignement ^ 20, en i8o5, 1806, 1807 et 1809, quatre discours où le système d'enseignement adopté alors est développé.
Nommé membre de l'Institut, dès 1799,
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il a lu , dans les séances publiques de la classe à laquelle il appartenait, des fragments de Zénobie , et un acte des Guelfes et Gibelins y tragédies inédites. 11 y a lu aussi plusieurs fois des fables, réunies depuis dans un volume publié à Paris en 1812.
Dégagé de toute obligation par l'abdication faite à Fontainebleau en 181 4? Arnault alla jusqu'à Compiègne, au-devant du roi, qui le traita avec bienveillance. Il ne réclama rien de ce que le départ des princes lui avait fait perdre; il n'en fut pas moins compris, au mois de février 181 5, dans les nombreuses suppressions que l'abbé de Montesquiou lit subir à l'université.
Par cette suppression, que sa conduite ne motivait sous aucun rapport , d'un trait de plume on dépouilla un père de famille des restes d'une fortune que des titres lit-
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téraires lui avaient acquise, et que quinze ans de travaux administratifs semblaient lui donner droit de conserver.
M. l'abbé F aurait-il trouvé trop philosophe pour discuter des règlements et contresigner des procès-verbaux?
Arriva le 20 mars. Pendant l'intervalle qui s'écoula depuis ce jour jusqu'à celui du retour du roi, chargé provisoirement de l'administration générale de l'université , Arnault a été nommé de plus membre du conseil - général du département de la Seine , et député du même département à la chambre de cette époque. C'est la seule législature dont il ait jamais fait partie.
Les détails donnés par les frères sur sa conduite et ses opinions dans cette chambre sont généralement vrais, à cela près
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qu'il n'a jamais travaillé au journal intitulé V Indépendant.
Arnault est du nombre des trente-huit personnes exilées d'abord de Paris, puis du royaume , par les ordonnances royales.
Depuis son exil, cherchant des consolations dans les lettres , auxquelles il avait dû ses plaisirs , il a publié , à Bruxelles , une seconde édition de ses Fables , édition augmentée d'un tiers , et il vient de donner aux Français la tragédie de Germanicus.
11 a en portefeuille plusieurs ouvrages terminés , au nombre desquels est une tragédie de Lycurgue. 11 travaille à une tragédie intitulée les Prétoriens; et, de concert avec un libraire de Hollande, il prépare des éditions de divers livres classiques français.
Arnault n'a pas été compris dans la nou-
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velle organisation de l'Institut. Pendant les dix-sept ans qu'il en a fait partie , ce corps l'a nommé deux fois son président : il était , dès l'origine, membre de la commission du dictionnaire.
Arnault était aussi associé de plusieurs académies, soit françaises, soit étrangères, et notamment de l'institut de Naples, et de l'académie de la langue espagnole, à Madrid, où il avait été emmené par l'ambassadeur Lucien Bonaparte. C'est au sujet de son admission dans cette dernière société qu'il prononça, sur les rapports qui devaient exister entre les savants de la France et de l'Espagne, un discours que les journaux du temps ont recueilli. »
Telle est la vérité : je l'ai dite ici dans toute la sincérité de mon cœur. Si, d'après cet exposé , on trouve mérités les malheurs
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dont je suis assailli, du moins est-il faux qu'ils aient été mérités par d'autres causes. Surpris très jeune par la révolution , et plutôt dominé par des affections que par des opinions, je suis constamment resté étranger aux factions qui l'ont déshonorée. Je n'ai fait, quoi qu'en disent les frères , aucun ouvrage pour les fêtes données par les gouvernements révolutionnaires. Si on m'y eût contraint, peut-être aurais-je cédé, comme tant d'autres, à qui il serait lâche de faire un crime d'avoir chanté, ou plutôt crié , sous le couteau ; mais je n'ai pas été dans cette triste nécessité.
Les seuls ouvrages que j'aie composés pour des fêtes publiques sont : un chant lyrique pour V inauguration de la statue votée à V empereur par l'Institut, et plusieurs caillâtes pour le mariage de Napoléon , ou pour
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la naissance de son fils. Ces pièces, exécutées soit à la cour, soit à la ville, m'avaient été demandées par les autorités; elles ne célébraient pas le malheur du monde, mais des événements qui semblaient en garantir la tranquillité : un bon citoyen peut les avouer. Si les frères prétendent m'en faire un reproche, je les invite à se rappeler qu'ils ont été mes émules en toutes ces circonstances , avec cette différence , qu'ils ne travaillaient pas seulement pour l'honneur.
On me représente tantôt comme censeur , tantôt comme flatteur de Napoléon ; je n'ai été ni l'un ni l'autre.
Eloigné de lui depuis son élévation à l'empire, à compter de cette époque je ne l'ai guère vu qu'en audience publique. Là, comme autrefois en particulier, quand il me faisait l'honneur de m' adresser la parole,
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je lui répondais avec une liberté justifiée par nos anciennes relations; mais cette liberté n'a jamais passé les bornes de la convenance : ce n'est pas à lui, mais au général Leclerc, son beau-frère, avec qui j'avais été lié, que j'ai fait la réponse inexactement rapportée dans la biographie désireras. Cet officier, qui peut-être n'avait pas dans son art un mérite supérieur à celui que je puis avoir dans le mien, m' ayant dit un jour assez désobligeamment , en compagnie nombreuse, Te voilà donc, toi qui te crois un poète , après Racine et Corneille?— Te voilà donc, lui répliquai-je, toi qui te crois un général, après Turenne et CondéP Faite à Leclerc , cette réponse était aussi juste que méritée : Leclerc n'avait vaincu ni à Rivoli, ni à Marengo.
Admirateur des hautes qualités de Napo-
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léon, reconnaissant de ses bienfaits, j'en ai dit ce que j'en pensais , ce que j'en pense. Je l'ai aimé dans sa prospérité , je l'aime encore dans ses revers , et lui souhaite tout le bonheur qui ne sera pas un malheur pour la France.
Qu'on me pardonne ce vœu : je le formais pour les Bourbons, sous l'empire de Napoléon, qui n'y voyait que le sentiment d'un honnête homme. Ce vœu, je l'ai exprimé pour les Bourbons , à l'Institut , en présence d'une commission de dix de ses membres, et notamment de MM. de Fontanes , Suard et Chateaubriand : j'en atteste la loyauté du premier.
Je n'ai pas trahi Napoléon pour le roi.
Quand je suis allé à Compiègne au-devant du roi, l'abdication de l'empereur m'avait dégagé, et j'obéissais à de vieilles affections ,
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sans blesser celles qui ne m'ont pas quitté.
Je n'ai pas trahi le roi pour Napoléon.
Je n'ai eu aucun rapport avec ce grand homme tant qu'il a été à l'île d'Elbe; je le jure sur mon honneur, et j'ai le droit d'être cru.
Pour me peindre ingrat, on a imprimé que j'avais une pension du roi : je n'ai reçu de ma vie ni pension ni faveur du roi.
Je tenais de la bienfaisance de l'empereur, indépendamment de la place qui faisait la base de ma fortune, une dotation, une action dans les bénéfices des journaux ( faveur dont les frères jouissaient aussi ), et la décoration de la Légion-d'honneur , qu'alors les frères n'avaient pas.
Ai-je été ingrat?
Mon malheur répond pour moi. Et quelle est l'étendue de ce malheur ?
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Ruiné par un ordre de choses qui m'a enlevé tout ce que j'avais acquis depuis la révolution 9 et ne m'a pas rendu ce que la révolution m'avait fait perdre; sans asile, sans autres ressources que mon talent, l'usage m'en est interdit. En proscrivant mes ouvrages , une faction sans pudeur comme sans pitié fait revivre pour moi seul les lois destructives de la propriété ; car une industrie quelconque n'est-elle pas une propriété , et n'est-ce pas annihiler en moi ma propriété que de s'opposer à ce que j'en fasse valoir les produits?
Ces principes ne sont pas ceux du gouvernement. La conduite qu'il a tenue à l'occasion de Germanicus ne permet pas d'en douter. Tant que l'intérêt particulier n'a pas compromis l'intérêt public, le gouvernement a respecté les droits d'un citoyen
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dans un proscrit, et s'est doublement honoré en cette circonstance.
Je le remercie autant d'avoir interdit la représentation de mon ouvrage que de l'avoir autorisée : la première mesure était un acte de justice, la seconde est un acte de prudence ; quelque dommage qu'elle me porte, je suis assez bon Français pour applaudir à toutes deux. Les privations, les besoins , le dénuement , et tous les maux attachés à la vie errante à laquelle je suis condamné , je Scris supporter tout cela ; mais ce déchaînement de calomnie qui a redoublé au moment où la fortune semblait jeter sur moi un regard de compassion , mais ces cris de fureur qui reprochent au gouvernement de m' avoir permis de m' exposer à un succès dont j'ai besoin d'être consolé, voilà ce que j'ai peine à supporter, voilà ce qui
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m'afflige; moins parcequ'il m'est pénible d'être en butte à tant d'injustices après deux ans de malheurs, que parceque je suis honteux de voir des Français se diffamer aux yeux de l'Europe par un tel défaut de toute générosité.
J'ai explique ma vie, sans prétendre la justifier. Je n'ai plus rien à dire sur mon compte. Quelque opinion que l'on prenne de moi sur ces faits, conforme au caractère et aux passions du lecteur, cette opinion sera du moins la conséquence *de la vérité; il peut, d'après cette notice, dire de moi, en sûreté de conscience, ce qu'elle lui en fera penser.