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Paris, avril 1824.
J'ai peu de choses à ajouter à ce qu'on vient de lire. Les faits antérieurs à mon exil sont les seuls qu'il m'importait d'éclaircir.
Cet exil a duré plus de quatre ans. Ce n'est que le 18 novembre 1819 qu'a été rendue l'ordonnance royale qui mettait, pour les trente-huit , un terme aux effets de l'ordonnance royale du ^4 juillet 181 5. La mesure de rigueur avait reçu son exécution au bout de trois jours; la mesure de consolation ne fut exécutée qu'au bout
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d'un mois. M. Pasquier, alors ministre des relations extérieures , ne songea à nous envoyer nos passe-ports qu'à la fin de décembre. Le ministre Fouché lui-même , en pareille circonstance , eût été plus empressé.
Depuis mon rappel en France, n'ayant point eu de part aux affaires publiques , qu'ai-je à dire de moi qui puisse intéresser le public ? L'histoire d'un particulier n'a d'importance, au temps où nous sommes, qu'autant qu'elle se lie aux grands intérêts de la société.
Par spéculation comme par goût, j'achève ma vie dans le sein de ma famille , au milieu de mes livres , ne m'occupant guère plus des gens en place , dans le cabinet où je suis enfermé, que les bonnes gens qui voyagent dans la diligence ne
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s'occupent de ceux qui les mènent , quoiqu'ils soient exposés à être versés par la gaucherie ou l'imprudence des postillons : je m'occupe encore moins des chiens qui aboient sur la route.
Ma tranquillité a été troublée plusieurs fois depuis mon retour. Je me suis vu impliqué dans plusieurs procès, dont aucun, à la vérité, n'a eu le résultat qu'en espéraient mes accusateurs. Mais à quoi bon rappeler ces tracasseries 9 qui n'ont plus môme aujourd'hui d'intérêt pour moi?
Au fait, la malveillance dont j'ai été, dont je suis peut-être encore l'objet , a plutôt changé ma position qu'elle ne l'a gâtée. Comme le malade qui s'est retourné dans son lit, après quelques souffrances, j'ai retrouvé le repos dans une autre attitude.
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11 y a des compensations à tout, a dit l'optimiste de l'époque. Je suis de son avis.
Si , parmi des hommes qui ne me connaissent pas , j'ai trouvé des ennemis acharnés , n'ai-je pas trouvé des amis ardents, infatigables, parmi les hommes que je ne connaissais pas ? Les amis que mon malheur m'a ôtés valent-ils ceux qu'il m'a donnés? Perdre ainsi, n'est-ce pas gagner?
Dans le plus fort de ma détresse, la consolation m'est souvent venue du lieu d'où je l'attendais le moins. L'estime que m'ont témoignée quelques âmes vraiment nobles ne me permet guère de me montrer sensible aux diffamations par lesquelles on s'est efforcé de justifier le mal qu'on m'a fait.
Quand il a été question de réparer ce mal, des ministres m'ont été défavorables parceque je n'ai pas cru devoir réclamer
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de leur exeellence la justice du ton dont on demande une grâce : mais d'autres ministres m'ont servi sans que je les sollicitasse. M. Siméon , de son propre mouvement , a présenté à la sanction royale l'ordonnance qui me réintégrait dans des droits acquis par mes longs services; et au refus de M .Roi , lequel , avant d'être ministre de sa majesté, avait été mon collègue à la chambre des cent jours, le grand-maître de l'université , qui ne croit pas l'obéissance au roi incompatible avec le royalisme, a fait exécuter cette ordonnance , également conforme aux lois de l'état et aux lois de l'humanité.
Depuis ce moment j'aurais tort de me plaindre de mon sort: j'y trouve l'honneur et l'indépendance. Si cher que m'aient coûté ces biens, je ne les ai pas trop payés.
J'ai été quelque peu contrarié dans mes
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goûts. On semble avoir résolu de me fermer l'accès du théâtre. L'autorité n'a pas même cru devoir permettre la représentation d'une de mes nouvelles tragédies [les Guelfes et les Gibelins), quoique l'opinion de la censure ait été que la représentation de cette pièce, dont le but est d'inspirer l'horreur des discordes civiles, serait de l'effet le plus* utile sur l'esprit public , même dans le temps présent. J'ai encore pris mon parti sur cette contrariété. En attendant que, honteux d'une prohibition si absurde , on me rouvre la carrière où m'appellent mes habitudes , et peut-être quelque aptitude aussi, je m'en suis frayé une nouvelle; soumis à la seule censure de ma conscience et de ma raison, je la parcours avec la sécurité de l'honnête homme. Associé à trois écrivains aussi courageux que spirituels, je
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coopère à la rédaction de la Biographie des contemporains, ouvrage que la publication des biographies antérieures a rendu nécessaire , ouvrage qui, s'il n'est pas exempt d'erreur, est au moins exempt de mensonges. De plus, j'écris l'histoire des vingt premières années de ce siècle , si fécond en grands événements , en traits héroïques, en terribles catastrophes. C'est encore écrire la tragédie.
Mon nom d'ailleurs n'est pas encore étranger au. théâtre. Il y a été plus d'une fois proclamé honorablement depuis Germanicus, ce nom, qui est aussi celui de l'auteur de Régulus et de Pierre de Portugal. Les succès de mon fils m'ont fait oublier qu'il ne m'était plus permis de m' exposer même à une chute.
Quand on lèvera l'interdiction dont je
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suis frappé, peut-être mes forces m'aurontelles abandonné , peut-être ne rendra-t-on la permission de marcher qu'à un homme qui en aura perdu la faculté. Je pourrai néanmoins offrir alors au public plus d'un ouvrage que j'aurai terminé avant d'entrer dans la vieillesse. Cinq tragédies, depuis long-temps , attendent dans mon portefeuille le jour de la représentation.
Une d'elles seulement sera publiée dans cette édition; c'est Guillaume de Nassau, tragédie conçue et exécutée depuis mon retour en France, et dont je fais hommage à l'un des descendants de ce grand homme.
Ma situation présente me donne lieu de croire que l'on n'attribuera pas à la flatterie cet acte qui m'est inspiré par la reconnaissance. J'ai été persécuté très vivement , à plusieurs reprises, dans le royaume des
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Pays-Bas, c'est la vérité; mais c'est aussi la vérité que les Nassau m'ont protégé , autant qu'il le leur a été possible, contre les exigences du comité européen , dont le généralissime de la sainte alliance n'a pas dédaigné de se rendre l'organe; mais c'est aussi la vérité que, forcés de souffrir que la persécution m'atteignît chez eux , ces princes ont fait tout ce qui dépendait d'eux pour l'adoucir; ajoutons, pour leur honneur et pour le mien, que cette bienveillance n'a été ni provoquée ni reconnue par des complaisances indignes d'eux et de moi.
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MARIUS