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TRAGEDIE EN TROIS ACTES

ItE l'ItKSEXTKfi POUR LA PREMIERE FOIS A PARIS, SUR I.E Tl!l':ATRi: FRANÇAIS, LK Jg MAI 1 79 I .

Ille fuit vitae Mario modus, oinnia passo Quyc pejor Forluua potest , atque omnil)Us uso Ouse melior, mensoque hoiaini quid fata paraient. Lucanus, Phnrsal. , II.

La tragédie de Marius a Minturnes, représentée au Théâtre Fiançais en 1791, était faite depuis plusieurs années. M. Arnault, qui n'habitait pas alors Paris, ne songeait à rien moins qu'à donner au théâtre cette étude composée dans ses loisirs , qu'il partageait entre la lecture de Plutarque et le plaisir de faire des vers.

Des gens de lettres, auxquels il communiqua ses essais, furent frappés de l'énergie qui caractérise celui-ci. Ils pressèrent le jeune auteur de le tirer de son portefeuille et de le lire aux comédiens.

L'opinion favorable que ce conseil lui donna de cet ouvrage l'engagea à y attacher plus d'importance, et à l'examiner avec attention. Marius était en cinq actes. Une intrigue amoureuse, imaginée pour fortifier l'action, ne servait qu'à l'affaiblir : l'auteur n'avait pas osé être simple ; il avait cru l'amour indispensable dans un sujet qui le repoussait; il avait fait , de son propre mouvement , la même faute que le jeune Voltaire a faite dans son Œdipe, contre sa propre volonté. Plus heureux que Voltaire sous ce rapport, il répara le mal avant la représentation. Les conseils d'autrui lui avaient indiqué le vice de sa composition; il trouva en lui les moyens de le faire disparaître. L'action de Marius fut resserrée en trois actes. Débarrassée d'un épisode qui en ralentissait la marche et divisait l'intérêt , cette tragédie est si bien réduite à ses véritables proportions, que Fauteur ne conçoit pas comment il avait pu lui en donner d'autres.

C'est dans cette forme que l'ouvrage fut présenté aux comédiens français, qui le reçurent avec enthousiasme. Le public a confirmé leur jugement.

Après la représentation, l'auteur de Marius fut demandé à grands cris par le parterre. Les journaux du temps remarquèrent que ce n'est pas sur le théâtre que M. Arnault se montra , mais dans la loge de sa mère , au milieu de sa famille. Cette innovation, qui accordait ce qu'un homme de lettres doit au public avec ce qu'il se doit à lui-même, fut universellement approuvée ; elle n'a pourtant été imitée que trente ans après, par M. Arnault fils, auteur de Régulus : espérons, pour l'honneur des lettres, qu'elle passera en usage.

Marius fut représenté le 19 mai 1791. L'austère simplicité du sujet, l'intérêt des situations, l'énergique âpreté du héros, frappèrent les spectateurs, et parurent des beautés aux yeux des Français. Trois ans auparavant, ils n'y auraient peut-être vu que des défauts. Mais les esprits avaient été retrempés dans cet intervalle par la révolution; et le goût des fadeurs, qui , depuis un siècle, s'était emparé même de la scène tragique , cédait enfin l'empire à un goût plus sévère. D'ailleurs , l'extrême jeunesse de l'auteur ajoutait encore à l'intérêt que pouvait exciter son ouvrage.

Cet ouvrage fut l'objet de plus d'une critique. Toutes ces critiques n'étaient pas également justes.

On a reproché à l'auteur d'être aussi souvent épique que tragique dans Marius. Ce défaut, si c'en est un ici , n'est-il pas inhérent à la nature même du sujet ? Était-il possible de traiter ce sujet, qui appartient essentiellement au genre admiratif, sans prendre le ton le plus élevé? Dans l'impossibilité d'émouvoir la sensibilité, ne fallait-il pas chercher tous

les moyens de frapper l'imagination et d'étonner des spectateurs qu'on désespérait d'attendrir?

On a reproché de plus à l'auteur d'avoir choisi pour son héros un homme féroce , un homme non moins célèbre par les proscriptions qu'il ordonna que par celle dont il fut l'objet, et indigne, sous ce rapport, de l'intérêt qu'on appelle sur lui.

Cette critique n'est que spécieuse. Ce n'est pas sur Marius proscripteur, mais sur Marius proscrit, que cet intérêt est appelé. Ce ne sont pas les crimes de Marius, mais ses malheurs, que l'auteur présente à l'admiration, mais l'excès du courage avec lequel il supporta l'excès de l'infortune, mais le spectacle d'un grand homme défendu par sa gloire contre les fureurs de la haine, et désarmant la vengeance d'un barbare par le souvenir même des victoires qui l'ont provoquée.

C'est à ces sentiments, sans doute, qu'il faut attribuer le grand effet de toutes les scènes où Marius figure, et notamment de celles du vétéran dans le second acte, et du Cimbre dans le troisième.

Il y a plus d'une manière d'intéresser au théâtre. La moins sûre n'est pas de mettre une grande âme aux prises avec un grand danger, et de la montrer supérieure au sort.

Marius a été joué fréquemment, et a toujours obtenu le même succès. La dernière reprise de cette tragédie eut lieu au mois d'avril i8i5. Les circonstances avec lesquelles elle coïncida lui ayant donné un éclat extraordinaire, on en a conclu qu'elle avait été calculée de manière à coïncider avec ces circonstances : c'est une erreur. Le fait appartient à une cause tout-à-fait étrangère à des considérations politiques.

Les comédiens français, lorsqu'ils sont au moment de don-

ner un nouvel ouvrage d'un auteur qui a déjà des pièces à leur répertoire, ont l'habitude d'en faire précéder la représentation par la reprise d'une de ces anciennes pièces. C'est en conséquence de cet usage qu'ils remirent le Marlus de M. Arnault , dont ils étudiaient dès lors le Germanicus. Le hasard a fait le reste.

Quand on réfléchit, cependant, aux rapports qui existaient entre le proscrit de Minturnes et celui de l'île d'Elbe, on est peu surpris des nombreuses applications que le public fit du passé au présent.

Mais que ces applications aient été imputées à crime à l'auteur, mais que l'effet de Marius ait été mis au rang des attentats pour lesquels , privé de sa fortune et de sa patrie , il s'est vu dénoncé à l'Europe entière comme un des plus dangereux ennemis de son repos , voilà ce qu'on aura peine à concevoir.

Monsieur, aujourd'hui Louis xviii, dans la maison duquel M. Arnault avait acheté un office, eut la bonté de consentir à ce que Marius à Minturnes lui fût dédié. La marche des événements n'ayant pas permis à l'auteur d'user de cette faveur, il offrit à une femme également belle et spirituelle un hommage que les tyrans du jour lui défendaient d'adresser, même indirectement, au malheur.

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PERSONNAGES

CAIUS MA1UUS.

Le jeune MARI US, sous le nom de Munus.

GËM1NIUS.

CÉTHÉGUS

AMICLAS, vétéran.

ALBIN

RUTILE

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