SCENE I
GÉMINIIJS, CÉTHÉGUS.
GÉMINIUS.
Le plus fier des Romains, trahi par la fortune, De son caprice enfin subit la loi commune. Le destin , qui pour lui s'épuisait en bienfaits , L'accable de revers égaux à ses succès. Marius fuit. Mais quoi ! pense-t-on qu'il évite Le glaive suspendu sur sa tête proscrite ? Dans ces lieux amené par son malheureux sort , Il y cherche un asile , et va trouver la mort.
CÉTHÉGUS
Après avoir tonné sur cette illustre tête ,
Entre les mains 'des dieux quand la foudre s'arrête
io MARIUS A MINTURNES.
Pourquoi , plus implacable et plus barbare qu'eux , Vouloir toujours la mort d'un héros malheureux ? Songez , Géminius , songez que ce grand homme Fit long- temps le destin de la terre et de Rome ; Songez que Marius , jusque dans ses revers , Attache encor sur lui les yeux de l'univers.
géminius.
Les dieux sont-ils calmés , quand , servant ma vengeance, Eux-mêmes ont livré le traître en ma puissance ? Aux lieux où je commande ils ont conduit ses pas ; N'est-ce pas annoncer qu'ils veulent son trépas ? Ils seront obéis. Mais , dans ma rage extrême , Je l'immole à ces dieux encor moins qu'à moi-même. Songez-y , Géthégus , puis-je oublier jamais Mes affronts , mon exil , tous les maux qu'il m'a faits Aux jours de sa puissance et de son injustice ? Quand à ma haine enfin la fortune est propice , De nos propres malheurs vengeons-nous par nos mains. Que dis-je ! prévenons les malheurs des Romains. Si Rome et l'univers regardent comme un crime Que l'on ose frapper cette illustre victime , Sylla me justifie , et , servant mon courroux , Le décret du sénat légitime mes coups.
CÉTHÉGU S.
Une haine privée , à l'état étrangère , Déciderait ainsi du destin de la terre ! Et Marius , qu'en vain Rome aurait condamné , Au lieu d'être puni, serait assassiné !