‹ ThéâtreChapitre 63 sur 210 · SPURIUS, COLLATIN, LUCRÈCE · texte numérisé non relu

SPURIUS, COLLATIN, LUCRÈCE

COLLA TIN

Chère épouse, il est temps de rompre le silence. Ou c'est trop de tendresse , ou trop d'indifférence. Par un doute outrageant c'est offenser ma foi , Que d'avoir plus long-temps des secrets avec moi. Parlez , éclaircissez le doute qui m'oppresse ; Laissez-moi lire encor dans le cœur de Lucrèce , Dans ce cœur généreux, tendre, fier, ingénu, Et qui , tout à l'amour , est tout à la vertu.

LUCRE CE

Un an s'est écoulé depuis que l'hyménée A la vôtre , seigneur , unit ma destinée ; Et cette année , au gré d'un mutuel amour , Dans sa course rapide , a passé comme un jour. Tant qu'il n'importa pas au règne plus durable D'un bonheur que long-temps je crus inaltérable, J'avais pensé devoir vous celer un secret Que ma bouche aujourd'hui vous révèle à regret. Avant que Spurius eût à votre tendresse Confié le destin de l'heureuse Lucrèce, Lucrèce fut aimée; et le fils de Tarquin M'avait offert son trône et demandait ma main. Mais en vain : ni son rang ni son amour sincère,

g(> LUCRÈCE.

Jamais en sa faveur n'ont pu fléchir mon père : Et lui-même bientôt, docile à son devoir, Fut au sein des combats porter son désespoir.

SPURIUS

Tandis que des Tarquins il suivait les maximes, Que ses premiers exploits étaient de premiers crimes, Et que des Gabiens trahissant l'amitié 4 9 D'un indigne esclavage il payait leur pitié , Mon choix vous préférait au fils du roi de Rome. Ce n'était qu'un monarque, et je voulais un homme. Le sort de mes vieux ans aurait été trop doux , Si , non moins bon Romain que généreux époux , Dans tous les citoyens chérissant ma famille , Vous aimiez Rome autant que vous aimez ma lille.

COLLATIN

Mon cœur également toutes deux les chérit...

( A Lucrèce.)

Mais calmez la terreur qui trouble votre esprit , Lucrèce; quel est donc ce grand sujet de crainte?

LUCRE CE

La flamme de Sextus n'est pas encore éteinte :

Si j'en crois ses regards , où j'ai vu tout son cœur,

Il ne m'aima jamais avec plus de fureur.

Tandis qu'en sa présence , à mes transports en proie ,

Sur votre heureux retour je témoignais ma joie ,

Àvez-vous observé quel sombre abattement

Succéda tout-à-coup à son étonnement ?

Tout entier abîmé dans sa douleur farouche ,

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