‹ ThéâtreChapitre 64 sur 210 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

Ses soupirs mal formés expiraient sur sa bouche :

Et ses yeux égarés , exprimant tour à tour

Le dépit, la douleur, la surprise et l'amour,

En signes trop certains , m'offraient sur son visage

Du plus affreux malheur le plus affreux présage.

J'en ai frémi long-temps, et même entre vos bras

L'effroi qui me poursuit ne se dissipe pas.

Ah ! de votre bonheur si votre âme est jalouse ,

Et si vous chérissez celui de votre épouse ,

Au nom de notre amour, promettez que Sextus

Dans ces lieux, cher époux , ne reparaîtra plus.

Le noir pressentiment dont mon cœur n'est pas maître

De la bonté du ciel est un bienfait peut-être.

A ce jour qui nous luit ne fermons pas les yeux :

La terreur quelquefois est un avis des dieux.

COLLATIN

Est-ce un avis des dieux que cette crainte vaine, Qu'un instant et qu'un mot vont dissiper sans peine ? Du secret de Sextus par lui-même informé , Je sais qu'ailleurs il aime autant qu'il est aimé.

LUC RÈCE.

Il se pourrait !

COLLATIN

Sans doute il a trop fait paraître Un dépit qu'il devait dissimuler peut-être ; Mais il faut pardonner à l'amant irrité De l'aveu qu'à son cœur coûtait votre beauté , Et qui n'a pu vous voir occuper, sans tristesse,

(J8 LUCRÈCE

Le rang où son amour élevait sa maîtresse.

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