‹ [Théâtre]Chapitre 110 sur 262 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Une chambre à coucher. — Desdemona endormie sur son lit, à moitié déshabillée, en robe blanche, nu-pieds, ses cheveux noirs épars.

OTHELLO entre, tenant dans sa main gauche une lampe, dans la droite une épée.

C'est la cause, ô mon âme ! et vous la connaissez1, La cause qui m'amène au meurtre ! c'est assez ! Étoiles qu'on adore en votre chaste empire, La cause, sous vos yeux je n'oserais la dire ! Je ne verserai pas son sang, et mon dessein Ne me conduira pas à déchirer ce sein Si beau, que l'on croit voir, à la lampe bleuâtre, Sur un tombeau de marbre une image d'albâtre.

Il pose son épée et sa lampe sur une table.

Cependant, il faut bien qu'elle meure, il le faut,

1 It is the cause, it is the cause, my soûl.

Ce brusque début doit être conçu comme la suite d'une profonde réflexion intérieure dont l'expression s'échappe de ces lèvres dans la violence de son désespoir. Le désordre de ces premières paroles sera mieux expliqué par tout homme dont le cœur a été blessé que par les commentaires de Johnson et Steevens, qui ajoutent froidement des paroles de rechange en marge de ce monologue pour lui servir de préface.

Car elle trahirait d'autres hommes bientôt.

— Eteignons ce flambeau, puis éteignons sa vie.

— Si la flamme une fois, par ma main, t'est ravie, J'ai, pour la ranimer, le temps du repentir, Lampe ardente !

En regardant Desdemona.

Mais toi qui vas t'anéantir, Ouvrage le plus beau qu'ait formé la nature ! Où retrouver encor, divine créature, Ce feu qui te donna la vie, et qu'autrefois Dieu pour chacun de nous n'alluma qu'une fois ? Le destin l'a voulu : lorsqu'une main profane Vient de cueillir la rose, il faut qu'elle se fane ; Mais celle-ci, du moins, je veux la respirer !

Il Pembrasse. I

O souffle pur, qui viens encor de m'attirer !

— Ta lèvre de parfums et de baumes trempée Forcerait la Justice à briser son épée ! Encore ce baiser ! — le dernier ! — infernal ! Jamais on n'en aura donné de plus fatal.

Il fond en larmes.

Il faut que je pleure ! — Ah ! c'est que ma fureur même Est le courroux du Ciel qui frappe ce qu'il aime. Elle s'éveille !

DESDEMONA

On vient ! Othello ! c'est donc vous ?

OTHELLO

Oui, Desdemona, moi.

Dormir ?

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