‹ [Théâtre]Chapitre 111 sur 262 · ACTE V — SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V — SCÈNE II

DESDEMONA

Monseigneur, allons-nous

OTHELLO, assis, sans la regarder, parlant doucement.

Avez-vous fait ce soir votre prière, Desdemona ?

DESDEMONA

Oui.

OTHELLO

Bien ! Dans votre vie entière Si vous vous rappelez un crime pour lequel Vous n'ayez pas encor l'indulgence du Ciel, Implorez-la sur l'heure.

DESDEMONA

Eh ! que voulez-vous dire, Monseigneur ?

OTHELLO

Il marche à grands pas dans la chambre.

Allons, vite, allons, je me retire, Je reste à quelques pas de vous en attendant. — Préparez-vous ! Ma cause est juste, et cependant Le Ciel remet parfois même une faute infâme, Et je ne voudrais pas tuer aussi votre âme.

DESDEMONA

Quoi ! vous parlez de crime et de tuer aussi ?

OTHELLO

Oui.

DESDEMONA

Que le Ciel me sauve !

OTHELLO

Amen ! qu'il soit ainsi * !

Je le désire.

DESDEMONA

Au moins, ce n'est pas moi, j'espère, Que vous tûrez ?

OTHELLO

Espère !

DESDEMONA

Hélas ! votre colère Est à craindre toujours, seigneur, lorsque vos yeux Roulent comme à présent, sombres et soucieux. Je n'ai fait aucun mal ; personne n'a de plainte

1 OTHELLO

Oui.

DESDEMONA

Que le ciel me sauve !

OTHELLO

Amen ! qu'il soit ainsi!

Je le désire.

A la scène, on dit : « Ah ! qu'il en soit ainsi ! » Mais l'anglais porte : Amen ! with>all my heart !

J'espère qu'il viendra un temps où l'on osera dire à la scène cette parole sacramentelle que Shakespeare n'a pas mise sans intention dans la bouche du More. Othello est un chrétien fervent, comme l'annoncent beaucoup de traits dans toute la tragédie ; dans cette scène, il se regarde comme n'étant plus que l'exécuteur de son invariable résolution ; depuis son vers :

Yet she must die, else she'll betray more men ! ... Il faut bien qu'elle meure, il le faut, Car elle trahirait d'autres hommes bientôt !

De ce moment, il est devenu à ses propres yeux un pontife, un sacrificateur qui ne doit plus à la victime que le temps d'une prière.

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