LE BAL MASQUÉ
Un masque m'a parlé dans la salle étoilée ; Sa parole furtive était douce et voilée.
Sa figure était noire et sa robe aussi. «Aimezvous ? me disait-elle, car c'est toujours l'amour qui remplit les discours dans ces lieux. — Oui, ai- je répondu ; mais celle que j'aime, elle ne peut être ici, je l'ai quittée tout à l'heure ; elle mettait un pied sur le bord de son lit, comme prête à s'embarquer dans une nacelle pour un doux voyage... Je l'aime. Vos yeux sont beaux, mais les siens le sont bien davantage ; votre taille, votre main sont gracieuses, mais je préfère ce qui est à elle. O jeune beauté, ne soyez pas irritée. Je la vois chaque jour et je ne vous vois pas. » — C'est alors, ô mon amie, que tu as montré ton beau visage, qui n'était plus voilé que par tes larmes.
A UN ÉTRANGER Savant esprit moqueur, curieux insulaire !
Vous venez nous voir dès que les blouses et les drapeaux courent la rue et que les sabres traînent sur le pavé, comme vous allez au Vésuve lorsque la fumée annonce l'éruption.
Vous riez de nos coups, vous regardez couler la lave de nos pleurs et de notre sang.
Le spectateur est gai, mais les acteurs sont tristes. Prenez garde à vos rires, car la lave brûle souvent le pied du voyageur.