‹ [Théâtre]Chapitre 5 sur 262 · ACTE I — SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I — SCÈNE I

Maître ou valet, chacun naît classé malgré soi. Mais dans ce monde il est deux espèces d'esclaves : Les uns, rampants, soumis, amants de leurs entraves, TJsenFTeurs cojps; leur âme et leur temps tour à tour, Humblerpeiïf satisfaits du pain de chaque jour. Aus^if quand ils sont vieux, par une main auguste Ils sont chassés. Fouettez ces gens-là. C'est bien juste. Mais d'autres, plus soumis, en apparence, encor, Dérobent à leur maître et le pouvoir et l'or, Et, sous ses pieds creusant leur lente et sourde mine, Pour s'élever plus haut, montent sur sa ruine : Ceux-là seuls ont de l'âme, et je suis de ceux-là.

RODRIGO

Elle a pu l'écouter ! — Un More ! qui parla Avec sa lèvre épaisse, en lui faisant la moue. — Goût dépravé !

YAGO

Tandis que de vous on se joue !

C'est bien mal î — Mais il faut, pour nous venger tous deux, Faire persécuter ce séducteur hideux ; Empoisonnons sa joie ; éveillons la famille Du bon vieux sénateur à qui l'on prend la fille ; Troublons le premier soir de ce More adoré, Et que tout son bonheur en soit décoloré.

RODRIGO

C'est bon. — Je crîrai tant, que la ville accourue Croira trouver le feu brûlant dans chaque rue.

YAGO, montrant un balcon.

Son père dort là-haut.

Tous deux s'approchent des hautes fenêtres de Brabantio.

RODRIGO

Tant mieux. — Au feu ! seigneur !

1res noble Brabantio ! — Levez- vous ! — Au voleur î A votre coffre-fort !

Aux verrous ! à la grille !

RODRIGO

On a pris votre argent !

YAGO

On a pris votre fille !

BRABANTIO, à la fenêtre.

Eh bien, qu'arrive-t-il ?

RODRIGO

Comptez bien, s'il vous plaît ; Tout votre monde est-il chez vous au grand complet ?

YAGO

Et votre porte, hier, Fa-t-on barricadée ?

RODRIGO

Est-ce par le balcon qu'elle s'est évadée ?

BRABANTIO

Qui?

RODRIGO

Je le vis hier qui rôdait alentour.

YAGO

La colçmbe est en proie au virox et noir vautour.

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