‹ [Théâtre]Chapitre 64 sur 262 · ACTE III — SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III — SCÈNE III

YAGO

Allez, celle qui, dès cet âge, Put soutenir longtemps un pareil personnage, Aveugler son vieux père au point... J'en ris encor... Qu'il crut à la magie...

Il éclate de rire malgré lui.

Ah ! pardon ! cet essor D'une franchise extrême et d'une amitié tendre Pourrait vous fatiguer...

OTHELLO

Non, non ; j'aime à l'entendre.

YAGO

Tout ceci, je le vois, a troublé vos esprits.

OTHELLO

Point du tout ! A cela je n'attache aucun prix.

Ne donnez à ces mots en l'air nulle étendue ! J'aime Cassio beaucoup.

OTHELLO

Précaution perdue !

Je n'y veux plus penser.

YAGO

Je ne veux nullement...

Mais vous êtes ému.

OTHELLO

Non. Je crois seulement Et toujours que ma femme est vertueuse.

n6 LE MORE DE VENISE

YAGO

Ivresse Que donne le bonheur ! O paix enchanteresse ! Le Ciel vous la conserve ! Adieu.

OTHELLO

Si tu savais Quelque chose de plus... Alors, bon ou mauvais, J'espère qu'à l'instant tu viendrais me le dire ; Ta femme observerait aussi...

YAGO

Je me retire.

Il salue et sort.

OTHELLO, à part.

Cœur probe ! il a parlé parce que j'ai prié ! — Trois fois maudit le jour où je fus marié !

YAGO, rentrant.

Seigneur, ma mission fatale est accomplie ; Mais je voudrais encore, et... je vous en supplie, Que cette affaire-là fût oubliée... Il faut Que le temps en découvre ou cache le défaut. Si, par exemple, on voit que Desdemona tienne A replacer Cassio, que sa voix le soutienne, Vous importune et prie, on pourra mieux juger. Alors, mon sentiment même pourra changer. Mais qu'elle ait jusque-là liberté tout entière.

OTHELLO

Va, je sais ménager cette âme tendre et hère. Adieu.

YAGO

Seigneur, enfin je prends congé de vous.

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