ACTE III — SCÈNE IX
Dédain juste et profond, légitimes colères, Venez gonfler mon cœur du poison des vipères !
YAGO
Seigneur ! contenez-vous.
OTHELLO
Du sang ! du sang ! du sang !
YAGO
Parlez plus bas ; j'entends vos cris en frémissant ; Calmez-vous, écoutez, patience, vous dis-je ! Votre cœur peut changer...
OTHELLO
Non..., à moins d'un prodige...
A moins que de l'Euxin les courants remontés N'arrêtent tout à coup leurs flots précipités ; Car c'est ainsi, vois-tu, qu'à la fois élancées Roulent en se heurtant mes sanglantes pensées. Dans ce débordement, pour eux point de recours ; Rien ne peut ralentir l'inexorable cours De la vengeance, Yago, vaste et profond abîme, Où s'iront engloutir ma colère et leur crime.
Se jetant à genoux et levant la main au ciel.
Oui, je l'atteste encore, oui, j'en fais le serment Par l'immuable éclat des feux du firmament.
YAGO, se précipitant à genoux à côté d'Othello.
Ne vous relevez pas \ — Flambeaux inextinguibles,
1 Do not rise yet !
Witness, ye ever-burning lights abové!
Ye éléments, etc. Cette prière, d'un damné profanateur, est en vers dans Shake-
De nos jours tourmentés guides purs et paisibles, Astres, Feux, Éléments, je vous atteste aussi, Soyez tous les témoins que je lui voue ici Mon cœur, mon bras, mon âme, et qu'à ses pieds je jure De sacrifier tout pour venger son injure !
OTHELLO
Eh bien ! qu'avant trois jours Cassio meure par toi !
YAGO
C'est mon ami. — N'importe, il n'est plus rien pour moi ; Ce sera fait demain ; mais sauvons votre femme.
OTHELLO
L'exterminer, Yago, l'exterminer, l'infâme, L'exterminer ! — Suis-moi. Je veux sortir et voir De quelle arme pour eux il faudra me pourvoir. De ce vil séducteur choisissons le supplice ! Quel instrument de mort convient à sa complice, Qu'en penses-tu ? — Suis-moi, sois à moi, désormais Je te fais lieutenant.
YAGO
Tout à vous pour jamais.
speare, ainsi que tous les monologues d'Yago, tandis que souvent, dans les mêmes scènes, on lui parle en prose, et lui-même parle en prose à Rodrigo dans les scènes familières. C'est là qu'est bien démontrée la différence du récitatif au chant. Dans cette prière, dans les adieux d'Othello à la guerre et partout où l'exaltation de l'âme élève le personnage, j'ai cherché à élever aussi le style. Dans ces morceaux, plus d'enjambements, de césures rompues ; les vers marchent à plus grands pas, ce me semble, dans ma poésie ; dans celle de Shakespeare, ils volent.