SCÈNE III RODRIGO, BRABANTIO, suivi de Domestiques
poitant des tcrches.
RODRIGO
Me voilà bien !
Il me laisse !
BRABANTIO
Ah ! seigneur, je reste sans soutien Dans ma vieillesse ! hélas ! l'honneur de ma famille !
A Rodrigo.
Comment l'avez- vous vue ?
A part.
— O malheureuse fille !
A Rodrigo.
C'était avec le More ?
A part.
— Oh ! qui voudra jamais Être père !
A Rodrigo.
— A qui donc se fier désormais ?
A ses gens.
Des flambeaux !
A Rodrigo.
— Se sont-ils mariés sans obstacle ?
En êtes- vous certain 2 ?
Oui.
BRABANTIO
C'est donc un miracle !
Il faut qu'il ait usé d'un philtre pour toucher Ce cœur si fier, qu'en vain je vous vis rechercher. Rodrigo ! plût au Ciel...
A ses gens.
— Avertissez mon hère...
A Rodrigo.
Qu'elle vous eût choisi ! — Croyez-vous nécessaire D'emmener une escorte ?
RODRIGO
Oui. L'homme, voyez-vous, Est puissant. j j
BRABANTIO
Eh bien ! donc, venez. Conduisez-nous !
1 Shakespeare affectionne ces propos passionnés interrompus par l'action dont on est occupé vivement. Ils sont dans la nature et se renouvellent chaque jour autour de nous. J'ai tâché d'en conserver fidèlement le mouvement ; il n'y en avait pas d'exemple dans notre tragédie. J'en ferai remarquer plusieurs dans celle-ci. C'est encore un des avantages inappréciables de l'usagé des enjambements, à l'aide seule desquels on peut exprimer ce désordre.