‹ ThéâtreChapitre 141 sur 235 · ACTE II, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VI

lorsqu'on pense à eux, on se les représente mieux, on est avec eux davantage.

HENRI, souriant .

Mais oui, voyons !

MADAME JOURDEUIL

Allons! adieu... Est-ce que tu ne viendras pas nous voir, un de ces jours, pour nous rendre le jeudi que tu nous as voler

HENRI

Ce sera bien difficile... J'ai tant de travail, ces jours-ci.

MADAME JOURDEUIL

Enfin, tu verras... (Elle fait tin pu.) Seulement, écoute, que je te dise. (Elle entraine Henri de l'autre coté de la scène. — Bas.) Nous autres, les mères, nous voudrions toute la vie garder nos enfants pour nous seules, et nous ne comprenons pas qu'ils puissent nous être infidèles, nous qui, jusqu'au dernier jour, les aimons si fidèlement. Cependant il le faut ; tôt ou tard, une heure arrive où la mère n'est plus la grande affection dans la vie de son enfant, et je vois bien que cette heure est arrivée pour moi.

Comment?

MADAME JOURDEUIL

Obi je ne t'en veux pas, c'est si naturel... Toutes les mères en sont là!... Malheureusement, comme tu m'as beaucoup gâtée, je suis plus sensible que les autres, et il faut me ménager un peu

plus... Aussi, je t'en supplie, si tu t'en vas de moi, v.i-t'en petit à petit, pas tout à la fois... Ne m'emporte pas tout mon paradis d'un seul coup; autrement, vrai ! je suis capable d'en mourir.

HENRI, à pari.

Est-ce possible, mon Dieu ! (Haui.) Ma mère, ma mère chérie, écoute-moi bien à ton tour : Je ne sais pas pourquoi tu me dis cela; je ne sais pas pourquoi tu doutes de ton fils. (Élevant la voix.) Mais je te jure, sur ce que j'ai de plus cher et de plus sacré, c'est-à-dire sur toi-même...

.MADAME JOURDEUIL, ii-ganhinl la chambre.

Chut! chut!...

HENRI

Je te jure que tu es la grande affection de ma vie, que tu le seras toujours, et que dans tout ce que j'aime en dehors de toi, il n'y a rien, tu m'entends? rien que je ne sois prêt à sacrifier à ton repos et à ton bonheur...

Sais-tu que c'est bien beau, ce que tu me dis là 1

HENRI

Tu ne le crois pas?

MADAMEJOURDEUIL.

Si, mais, pour que je le croie mieux, il faut venir me le dire souvent. (Elle lui prend la tète à lieux mains, l'embrasse vile.) Adieul... (Elle court prendre son sac qu'elle a oublie' sur le bureau, s'arrête, se baisse et ramasse quelque choie.)

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