SCE'N^E VI LÉONARD, EUSTACHE
EUSTA CIIE .
Et vive le bon roi René, patron des étudiants de Provence !
LÉONARD, se retournant, à part.
Aïe, le docteur, je parie. Attends ! attends ! (Haut.) Q.ui va là? qu'est-ce que c'est! un voleur? (Criant.) Au secours !
EUSTACHE
Hein 1 plaît-il? qu'est-ce qu'il lui prend, .i celui-là? Hél l'homme 1
LÉONARD
Au secours! à l'aide! à moi!
E USTACHE.
Mais taisez-vous donc, imbécile! Je ne suis pas un malfaiteur, mille diables !
LÉONARD
Ne m'approchez pas ! ne m'approchez pas !
EUSTACHE
Pour le coup, voilà un accueil auquel je ne m'attendais guère.
LÉONARD
Au secours!
EUSTACHE, s'assied dans It- fauteuil.
Hé 1 l'ami 1 puisque vous êtes eu voix, appelez donc bien fort ma tante Brigitte, et dites-lui, je vous prie, qu'Eustache vient d'arriver.
LÉONARD, s'approehanl un peu.
Ail! c'est vous qui êtes monsieur Eustaclie?
Aussi vrai que vous vous appelez Léonard.
LÉONARD
Tiens I vous me connaissez?
EUSTACHE
Je ne vous connais pas; mais je vous reconnais au portrait que m'ont fait de vous les lettres de Suzon.
LEONARD, aiiec ironie.
Je suis ressemblant, à ce qu'il paraît.
EUSTACHE, le loisant.
Frappant, mon clierl (Il se lève.) Ah çà! monsieur Léonard, maintenant que vous voilà remis de vos frayeurs, vous m'apprendrez, j'imagine, où vous avez caché ma famille?
LÉONARD, il se remet à épousseter.
Votre famille? je ne sais pas; j'ai entendu dire... (Se ravisant.) Ces dames sont allées faire une promenade en voiture, avant dîner. Attrape!
EUSTACHE, moitié riant, moitié fâché.
Voilà ce qui s'appelle manquer proprement son entrée!... Comment! je reviens ici, après dix ans
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d'absence. J'annonce mon arrivée à son de trompe; je grimpe sur la diligence, la diligence n'allant pas assez vite, je descends à trois lieues de la ferme. Je prends à travers champs, je franchis les fossés, j'enjambe les murs ; les paysans me jettent des pierres, les chiens aboient après moi ; je sue, je ruisselle, le cœur me bat. Enfin, j'arrive ; j'entre, la canne haute, les bras ouverts... Personne, ni ma tante, ni Suzon, ni Brèchemain, ni Guillaume, ni le chien, ni le cheval, personnel Ah! si, un monsieur, qui me prend pour un voleur, et qui appelle la gendarmerie.
LÉONARD, à part.
Monsieur le docteur n'a pas l'air satisfait de sa réception.
EUSTACHE
Savez-vous si la promenade sera longue, monsieur Léonard ?
LÉONARD, sans retourner la tête.
Jusqu'au diner, je suppose, monsieur Eustache.
EUSTACHE
Je n'ai plus qu'à me revêtir de patience et à les attendre paisiblement dans un bon fauteuil. (Il s'assied.) C'est égal 1 quoique mon entrée soit manquée, mais là bien manquée, je crois que je vais les embrasser de bon cœur 1 Cette petite Suzon doit s'être faite si jolie!... N'est-ce pas, Léonard?
LÉONARD
Vous dites, monsieur Eustache?
EUSTACHE
Je dis que Siizon doit être plus jolie que jamais.
LÉONARD
lieu ! toujours la même...
E U s l' A C II E , Si levant.
Ah çà ! qu'est-ce qu'il peut donc fourrager làdessus depuis une heure. (Il s'approche.) Eh 1 bon Dieu 1 les faïences de tante Brigitte que je ne reconnaissais plus... pauvre vieille tante! lui en ai-je cassé de ces assiettes, quand j'étais gamin, et chaque fois c'étaient des cris, des scènes, des colères. Excellente femme, va! (Il mit toucher les assiettes.)
LÉONARD
Oh! ne touchez rien, monsieur Eustache; je vous en conjure, uu malheur est si vite arrivé.
EUSTACHE
Voulez-vous dire que je suis plus maladroit que vous, monsieur Léonard?
LÉONARD
Je ne l'entends pas ainsi, monsieur Eustache; ce n'est que l'habitude qui vous manque.
EUSTACHE
Allons donc, l'habitude! Je joue avec ces choseslà comme avec le premier bilboquet venu.
LÉONARD
C'est à Aix que vous avez appris, alors?
EUSTACHE
Oui, monsieur le plaisantin, c'est à Aix que j'ai