SCENE II
DOMINIQUE, te Uvanl.
C'est cela, mon brave Mascarat, enferme-moi ! L'idée est excellente. Encore un tour, la!
MASCARAT, du dehors.
Ce n'est pas que je me méfie, voyez-vous, non ! c'est seulement pour être plus tranquille ; d'ailleurs, vous n'attendrez pas longtemps.
SCÈ-7^E II DOMINIQUE.
Allons, Dominique, prépare-toi ! l'heure est venue. Plus d'hésitation, plus de dét'aillance. Dis à ta tête d'être ferme, à ton cœur de ne pas broncher; songe que tu es parti depuis quatre ans, que tu vas la revoir et que c'est une terrible épreuve! Elle va venir à toi, affectueuse et souriante; elle va te dire : « Bonjour, mon frère...» en t'apportant son beau front, et toi, tu l'embrasseras! tu m'entends bien, tu l'embrasseras! Puis tu vas t'asseoir à leur foyer, entre ce frère que tu aimes comme un fils, et cette femme que tu dois aimer comme une sœur, et chacun d'eux prendra une de tes mains avec tendresse, et alors les explications, et alors les grands reproclies. Ils t'appelleront méchant!... Ils te diront avec des larmes dans les yeux : « Que t'avious-nous fait, Dominique, que t'avions-nous fait pour nous quitter ainsi, au lendemain de notre mariage?... Est-ce notre joie qui t'a fait -fuir? Ah! le cruel ami de
l6o LK I-RÈRE aîné
nous laisser ainsi pendant quatre ans sans lettres, sans nouvelles, ignorant tout de lui, et ne pouvant lui apprendre rien de nous. » C'est ainsi qu'ils parleront, et toi, tu écouteras en souriant, et ton cœur ne battra pas plus vite au son de cette voix aimée; et ta main ne frémira pas au toucher de cette main d'enfant, et rien dont tu puisses rougir ne se passera dans ton âme... Si tu fais cela, vois-tu,' Dominique, décidément tu seras un homme très fortl (Tressaillant.) Hein? on ouvre une porte!... Non! personne. (Il
conliiitie à iiianhcr avec agilativn, puis s'arrèlanl.) Je parle
de ma force et le bruit d'une porte me fait peur ! Hh bien!... oui... j'ai peur! peur de la revoir, peur de l'aimer encore, peur de ne plus pouvoir partir si je l'ai revue une fois... Oh!... non, non, je ne tenterai pas cette épreuve; je m'en irai, je serai vaillant ■jusqu'au bout... Il y a parfois du courage à fuir... Quatre ans ne m'ont pas suffi pour étouffer ma passion, huit ans me suffiront peut-être, et si ce n'est pas encore assez de ces huit années, eh bien... Allons, ta place n'est pas ici, va-t'en. (Il fait deux pas vers la porte, puis s'arrête.) Venir de si loin et s'en aller ainsi, sans les voiri Non, je ne puis pas. (Il s'assied dans le fauteuil.) Je ne puis pas...
SCÈn^E III DOMI-NiaUE, MASCARAT, ANDRI:.
La porte du fond s'ouvre, André parait avec Mascara!, Dominique sur le premier plan dans le fauteuil, tourne de profil,
M.VSCARAT , au fond.
Tenez, Monsieur, le voilà, toujours dans la même