SCENE III
Les Mêmes, M"* LAMBERT, RÉMOND.
MARIE
GABRIELLE, courant à M'"^ Lambert.
Ma maîtresse de pension l quoi, ma bonne amie, c'est vous ! Bonsoir, Marie.
Elle rcni))r.is3e.
DAUBERVILLE, à M^^ Lambert.
Comment, madame, vous avez la bonté...
M°i*= LAMBERT.
Vous me trouverez peut-être bien indiscrète, monsieur, de venir à votre bal sans y avoir été invitée, mais je savais que Gabrieile en devait faire les honneurs, et je ne n'ai pu résister au désir de la voir s'acquitter d'un rôle qu'elle remplit pour la première fois. [Indiquant Marie.) Et puis j'étais bien aise d'accompagner dans le monde unejeune personne qui a de la peine à quitter mon aile maternelle; c'est une double excuse que vous voudrez bien accueillir... il y a si long-temps que je les regarde toutes deux comme mes filles...
DAUBERVILLE.
Je vous remercie, madame, d'avoir réparé un oubli dont j'aurais mérité que vous me punissiez.
GABRIELLE
Je n'avais rien oublié, moi ; mais je savais que M"* Lambert ne quitte jamais sa pension. DAUBERVILLE, à Marie.
Soyez la bien venue, mademoiselle: l'intérêt que vous témoigne madame, et l'amitié de ma fille, vous répondent d'avance de l'accueil qu'en tout temps vous recevrez chez moi. Kh bien, monsieur Rémond. êtes-vous satisfait? \ os affaires vont-elles au gré de vos désirs?
RÉMOND, timidement.
Vous le savez mieux que personne, monsieur, puisque c'est a votre bonté que je dois..
DAUBERVILLE.
Ne parlons pas de cela.
GABRIELLE
Marie, as-tu apporté ta musique? Vous entendrez, mon père, quelle délicieuse voix!... J'«t compté sur toi et sur mon cousin de Bcaumoni
>]AGAS1N THEATRAL
pour un duo... Ce sera certainement le morceau le mieux chanté du concert.
DAUBERVILLK.
Je n'en doute pas; mais tu me rappelles que l'heure avance. ( A M'^'^ Lambert. ) Connaissezvous, madame, ma galerie de tableaux ? Si vous voulez accepter mon bras, nous pourrons la parcourir en nous rendant au salon : aussi bien, ces demoiselles ne seront peut-être pas fâchées de rester un instant ensemble; cependant, Gabrielle, ne t'oublie pas. [A Vallier.) Ah! j'ai fait une nouvelle acquisition sur laquelle je serais bien aise d'avoir votre avis... Une toile remarquable, que j'avais payée fort cher... heureusement le peintre vient de mourir.
BEACMOT.
Vous appelez cela un bonheur? pour l'art sans doute ?
DAUBERVILLE.
Pour moi : mon tableau vaut dix mille francs dfl plus. ( Offrant son bras à M"" Lambert. ) Madame... 'À Vallier.) Venez-vous?
Ils s'éloignent avec de Beaumont.
VALLIER, à Rémonc', qui va sortir.
Pardon, monsieur; votre père, je crois, était professeur ?
RÉ.MOXD.
Oui, monsieur.
VALLIER
Au collège de Metz?
RÉMONO.
En effet.
VALLIER
Monsieur Rémond, si jamais vous avez besoin d'un ami, en quelque occasion que ce puisse être, je vous prie de compter sur moi.
RÉMOÎiD.
Monsieur, je ne sais comment j'ai pu mériter... Vous avez connu mon père?
A'ALLIER
Je suis un de ses élèves, j'allais presque dire de ses enfans. J'étais orphelin , il me servit de père, et quand je quittai le collège, sa bienveillante sollicitude guida mes premiers pas dans le monde... j'étais sans fortune ; grâce à lui, je pus me créer une position honorable... Encore une fois, monsieur, en toute occasion, veuillez bien compter sur moi.
RÉMOND
Monsieur... {Appelant sa sœur.) Tiens, Marie, monsieur a connu notre père. Permettez-moi de vous présenter ma sœur , celle qu'il aimait pardessus tout, qui le consolait dans ses dernières souffrances, et qu'il pleurait de quitter en la voyant si jeune.
VALLIER
Pauvre père! sa mémoire, mademoiselle, se conserve dans l'ame de tous ceux qui l'ont connu comme celle d'un homme de bien; votre cœur
est son plus digne sanctuaire; qu'elle y reste gravée religieusement. {S' éloignant avec Rémond.) Comment se fait-il, monsieur Rémond, que vous n'ayez pas suivi la même carrière que lui ?
Ils sortent tous deux en causant.